Au fil des abbayes de l’Entre-Sambre-et-Meuse

En sept itinéraires illustrés, Bernard Peltier invite à découvrir le Val de Sambre à travers la cinquantaine de monastères qui le jalonnent.

Le Val de Sambre est une vaste région à cheval sur la Belgique et la France au riche passé monastique. Dans son beau livre Abbayes et monastères d’Entre Sambre et Meuse, Bernard Peltier, historien, architecte et ancien Maître verrier diplômé des arts décoratifs de l’École Saint-Luc de Tournai, a recensé et visité les prieurés encore visibles aujourd’hui et situés majoritairement en Belgique.

Dans une première partie, il raconte la christianisation des pays septentrionaux, et plus précisément de l’Entre-Sambre-et-Meuse qui, au Moyen âge, faisaient partie de la Neustrie dirigée par les rois fainéants mérovingiens. Dont Clovis II, le mari de la future Sainte Bathilde à l’origine de l’introduction de la Règle bénédictine dans les monastères et cloîtrée à 35 ans. Et il rappelle que ce territoire a compté de nombreux grands peintres et sculpteurs entre les XIVe et XVIe siècles, dont le Tournaisien Roger de La Pasture, devenu le célèbre primitif flamand Rogier van der Weyden, ou Jean Gossaert, dit Mabuse, le père du maniérisme.

L’auteur nous invite ensuite à découvrir les abbayes qui jalonnent la région. Il en a dénombré quarante-sept, de l’Abbaye Notre-Dame de Bohéries, située à l’intersection de la Sambre et de l’Oise sur le plateau de Saint-Quentin, à l’Abbaye Saint Berthuin de Malonne, à côté de Namur où la Sambre se jette dans la Meuse, devenue un Institut des Frères des Écoles Chrétiennes en 1846.«Il y en avait encore plus mais beaucoup ont disparu, commente-t-il. Un certain nombre d’entre elles ont été remodelées au XIXe siècle, en France grâce à Viollet-le-Duc, en Belgique grâce au Baron Jean de Béthune, architecte des monuments historiques.»

«La prolifération d’abbayes, poursuit-il, vient du fait que cette région a été une zone de grand passage entre l’Europe centrale et les îles britanniques. Guidés par saint Colomban, des chrétiens venus d’Irlande s’y sont arrêtés et ont construit des ermitages qui sont devenus des monastères. Leur règle très stricte de saint Colomban a été ensuite un petit peu adoucie par celle de saint Benoît. A suivi la période cistercienne avec saint Bernard. Et le troisième ordre très présent est celui de saint Norbert.»

L’auteur explique que c’est aux moines que la région doit son savoir-faire. Ils étaient défricheurs, cultivateurs, forestiers, pierreux, actifs dans la menuiserie, la glacerie ou le marbre. Et le plus grand maître de l’orfèvrerie mosane fut Hugo d’Oignies, un moine de l’abbaye de Walcourt puis de celle d’Oignies dont le trésor est aujourd’hui conservé au Musée provincial des Arts ancien du Namurois.

L’état des abbayes présentées est très variable. Si de celle de la Thure, entre Erquelinnes et Jeumont, il ne reste pratiquement plus rien, les ruines de l’Abbaye d’Aulne, entre Maubeuge et Charleroi, sont au contraire «remarquables». D’autres ont été réhabilitées, telles les Abbayes de Villers-la-Ville ou de Rochefort qui produit en outre une excellente bière trappiste (lire ci-contre). «Grâce aux bénéfices tirés de sa bière, précise l’historien, ses moines ont parcouru tous les musées lapidaires d’Europe pour retrouver des pierres d’abbayes démantelées qui leur ont permis de reconstruire une abbatiale exceptionnelle.»

Les sept itinéraires proposés, quatre en Belgique, deux en France, et un de part et d’autre de la frontière, peuvent être suivis en voiture, à vélo, voire même à pied. Et ils tournent chacun autour d’une ou plusieurs villes importantes permettant de faire étape (ce qu’autorisent aussi certaines abbayes à condition de s’y prendre à l’avance). Le dernier, qui couvre un espace compris entre Charleroi, Namur, Dinant et Philippeville, compte un grand nombre d’abbayes vivantes et donc en excellent état, soit qu’elles ont été rénovées par les moines, soit qu’elles sont plus récentes, comme à Chimay ou Maredsous.

Bernard Peltier, « Abbayes et monastères de l’Entre Sambre et Meuse », 208 p., 29 € Édité par l’auteur, 170, rue de Maubeuge, F-59131 Rousies ; 0033327648574 ; bpeltier@wanadoo.fr

Bernard Peltier animera une vidéo-conférence avec vente de livres le mardi 23 octobre 2012 à 14h30 au château de Ham-sur-Heure, près de Charleroi.


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