JUSTICE

Affaire Zheyun Ye : trente-cinq renvois en correctionnel

Affaire Zheyun Ye : trente-cinq renvois en correctionnel

Zheyun Ye reste introuvable mais 35 personnes, dont Gaone et Allatta, ont été renvoyées devant le tribunal correctionnel. Début du procès ? Pas avant fin 2013… Reporters - Belga

Le dossier mammouth des matches truqués sera jugé à Bruxelles, comme l’avait requis le parquet fédéral. Le scandale Ye va encore faire des vagues.

Cette fois, ça y est. Il y aura bien encore quelques escarmouches avant le début du procès devant le tribunal correctionnel de Bruxelles mais l’épouvantable dossier des matchs truqués est renvoyé devant un juge du fond. Probablement pas avant la fin 2013. Ainsi en a décidé en tout cas la chambre du conseil, siégeant à huis clos. Cette juridiction d’instruction, saisie par le parquet fédéral, a fait un copier-coller avec le réquisitoire. Il y avait 35 inculpés et il y a maintenant 35 prévenus.

Un appel de l’ordonnance de la chambre du conseil est possible devant la chambre des mises en accusation mais uniquement avec des pouvoirs de cassation, c’est-à-dire de mettre à néant la décision pour une éventuelle faute de droit. Le cas échéant, celle-ci ne concernerait que quelques prévenus car, dans leur immense majorité, les intéressés ne se sont pas défendus devant la chambre du conseil, considérant qu’il leur faut un procès à bref délai pour faire éclater la vérité, voire prononcer un acquittement sur toute la ligne. Par conséquent, si par impossible, la chambre des mises de Bruxelles devait casser le renvoi devant le tribunal correctionnel, cet arrêt ne concernerait que les inculpés qui ont relevé appel.

Les faits retenus par la chambre du conseil visent des délits de corruption active et passive, de participation à une organisation criminelle, de blanchiment, de fraude fiscale, de faux, d’usage de faux et d’extorsion.

Les dessous du toc

Quels sont les mécanismes de l’horrible combine? L’homme clé du dossier est évidemment Zheyun Ye, un ressortissant chinois, toujours en voyage entre Pékin et Hongkong. Né en 1965, il serait un fidèle serviteur de la maffia chinoise, les redoutables «Triades». Il a fait son business dans les paris en ligne et aurait senti un gros filon en Belgique. Pour cannibaliser des gains mirobolants, il aurait arrosé des managers, des entraîneurs et des joueurs pour truquer des matchs, en fonction des paris en cours.

Plusieurs clubs auraient succombé : le Lierse, La Louvière et Geel. Les corrompus auraient perçu de 5 000 euros à 40 000 euros par match, pour lever le pied. Dix-neuf rencontres auraient été pipées, dont dix-huit en D1. Le montant cumulé des pactes de corruption avoisinerait le million d’euros. Ye aurait, de son côté, empoché quelque 125 millions d’euros en arnaquant les parieurs.

Cet «artiste» avait eu des arguments convaincants, à un moment où les clubs traversaient un désert financier. Il se présentait comme un investisseur de poids pour apporter l’oxygène nécessaire. Autre pierre angulaire du scandale : Pietro Allatta qui, l’an dernier, a pris ses quartiers à l’Île Maurice, avant de s’installer ces jours-ci à La Réunion.