Funérailles

Low cost  : la mort à prix discount

Low cost  : la mort à prix discount

Pas de porteur, ni de choix de cercueil, ni de corbillard à l’américaine, ni d’accueil au funérarium… Le low cost écrase les frais.

EdA

Une nouvelle société de pompes funèbres s’installe en Belgique et écrase les prix. À quelles conditions? Ce qu’il faut savoir…

«En 1980, le coût moyen des funérailles était de 1 500 €. En 2012, il avoisine les 5 000 €. » Ceux qui font ce constat proposent, à la grosse louche, de revenir justement aux prix de 1980. La société B-Funerals («B» comme Budget) s’installe à Bruxelles et lance les premières obsèques low cost de Belgique, réputées jusqu’à quatre fois moins chères que des funérailles traditionnelles.

C’est quoi, le strict nécessaire ?

Le principe est exactement le même que pour les vols à bas prix : on ne chipote pas sur le superflu. Le service est réduit au minimum. « Le strict nécessaire», confirme B-Funerals.

C’est-à-dire? Pour une inhumation à 995 € (TVA comprise), le client aura un cercueil en bois clair ou foncé avec un éventuel signe religieux, le fourgon funéraire, le personnel, la gaine mortuaire, la mise en bière, une croix ou une latte en bois avec le nom de la personne défunte et le transport vers le cimetière (pour l’instant seulement en agglomération bruxelloise). Les frais de dossier et la déclaration de décès sont inclus. La cérémonie ne peut excéder 15 minutes.

Pour une incinération, on passe à 1 595 €. À ce prix-là, on a à peu près le même service que pour l’inhumation, et on ajoute deux taxes (incinération et dispersion).

« Il y a un marché »

Et à ce prix-là, toujours, vous n’aurez pas de porteur (à moins de faire appel à un sous-traitant qui sera facturé en supplément). Pas non plus d’accueil des familles dans un funérarium, ni de faire-part de décès, d’annonce nécrologique, de monument funéraire, d’urne ou de corbillard de type américain.

Parce que justement, c’est ce «superflu» qui charge la facture. L’équipe elle-même se limite à trois personnes. «Nos frais généraux sont ainsi réduits au strict minimum. »

Pour B-Funerals, il n’y a pas de doute : il y a un marché pour des funérailles discount. «Selon certaines études, il s’avère que la première raison invoquée pour commander des funérailles bon marché est : “ressources économiques insuffisantes”, “relation familiale distante” et “éloignement géographique” », fait remarquer la nouvelle société.

« Et pour combien de temps ? »

Qu’en pense la concurrence? Chez Derwa, Lucien Scholl se souvient de l’expérience Roc’Eclerc, le supermarché du cercueil qui s’était installé à Flémalle en 1997. « Ils ne se sont pas éternisés», rappelle Lucien Scholl, président de l’Union professionnelle des entrepreneurs de Pompes funèbres de la Province de Liège.

«Des funérailles à moins de 1 000 €, oui, c’est possible. Mais qu’est-ce que vous aurez? Je n’y crois pas trop. Des clients, ils vont en trouver. Même les plus mauvais en trouvent. Mais ça risque de ne pas durer longtemps. Il faut tout faire soi-même. Or, les gens veulent qu’on s’occupe de tout, de A à Z. C’est tout juste si, parfois, on ne nous donne pas les clés de la maison », raconte le professionnel.

«Nous aussi, nous pouvons faire des funérailles à des prix raisonnables. Il faut savoir ce que veut la famille. Et être certain de ce qui va être facturé. Si la facture est basse mais que vous devez payer une série de services en plus, est-ce que c’est toujours bon marché?» interroge Lucien Scholl. Il a bien observé les expériences similaires menées à l’étranger : «Ça ne tient pas le coup.»

Faut-il y voir une réaction épidermique face à un concurrent qui risque de se tailler une part de marché, en ces temps difficiles? «Si c’est un concurrent qui fait du bon travail, pour moi, il n’y a aucun problème. Mais s’il fait des bêtises, c’est toute la profession qui le paiera », juge Lucien Scholl.