EMPLOI

Les médecins de prison ne sont plus payés

Les médecins de prison ne sont plus payés

Quelque 300 médecins travaillent dans les 36 prisons du pays. Ils ne sont plus payés depuis juin.

LUDOVIC/REA

Les médecins de prison ne sont plus payés depuis un trimestre. Ils ne peuvent pas faire grève. Certains menacent de ne plus payer leurs impôts.

La moutarde monte aux narines de Paul Gourdin, l’un des plus anciens médecins de prison du Royaume puisqu’il commença à y exercer en 1960. L’an dernier, l’État s’acquitta avec beaucoup de retard (en début de cette année) des paiements dus aux quelque trois cents médecins qui sont appelés à œuvrer dans les trente-six prisons du pays.

Cette fois, la coupe déborde puisque plus un eurocent n’a

été versé depuis juin. Pour certains, la facture est de l’ordre de dix mille euros. Or les médecins de prison ne sont pas salariés de l’État, mais ils sont rétribués à la prestation. «À Nivelles, il y a environ 250 détenus, ce qui représente de 20 à 30 consultations par jour. Nos prescriptions sont honorées par des pharmaciens régionaux, explique Paul Gourdin. «En cas d’urgence, nous transférons les malades à l’hôpital de Nivelles. Pour les cas non urgents, nous les dirigeons sur l’une des trois polycliniques de Saint-Gilles, Lantin ou Bruges.»

Paul Gourdin imagine aisément que les médecins de prison ne sont pas les seuls à n’être plus payés. «Je pense à ces pharmaciens, aux hôpitaux, aux infirmières des prisons et au personnel paramédical qui y travaille aussi. La colère de mes confrères et de moi-même est dirigée tant sur l’administratif à qui incombe la charge d’établir le budget annuel de ce département de la Justice que sur l’exécutif, le monde politique qu’il n’est pas interdit d’interpeller surtout en campagne électorale.»

Il faut savoir qu’un médecin de prison a des prestations journalières, parfois le week-end et, lorsqu’il est de garde, il est disponible en première ligne de 19 à 8 heures. «Les retards de paiements se sont accumulés de manière scandaleuse».

De la à envisager la grève? «La déontologie nous l’interdit. Semblable mouvement dans notre chef équivaudrait à mettre le feu à toutes les prisons. Nous nous y refusons donc, mais ce ne doit pas être interprété comme une forme de démission. Certains médecins se trouvent cependant en situation difficile. Ils ne pourront honorer les contributions dues à leur employeur mauvais payeur!»