SaloN de Paris

L’offensive d’une industrie aux abois

L’offensive d’une industrie aux abois

Avec sa Clio, Renault a choisi la séduction.

ÉdA J-C Hermianire

Conquête. Le mot se répète à l’envi au salon de Paris. Sonorité étrange dans un marché automobile aux abois.

Pour certains, conquête signifie tout simplement survie. «On a beaucoup parlé de Peugeot ces derniers temps. Nous sommes plus que jamais à l’offensive», lance gaillardement le patron de la marque de Sochaux, juste après avoir dévoilé un bolide de rêve. L’Onyx, sculpture étincelante de cuivre, de carbone, de cristal et même de papier. Son tableau de bord est en carton recyclé.

Peugeot revoit sa gamme

Une promesse d’avenir. Un pur exercice de style qui se prolonge dans d’autres créations futuristes : un scooter, un vélo et même un surprenant piano qui allège de ses notes le final d’un show tendu, où défilent les versions GTI et XY (griffée luxe) de la petite 208, dernier va-tout de la marque. Ou le concept 2008, prochain SUV compact bien en mode. Mais la conquête de Peugeot se profile plutôt dans la 301, numéro d’un renouveau. Une berline tricorps destinée aux territoires émergents : Algérie, Turquie, Pologne, Russie et Chine. Les nouveaux Eldorado.

Les marchés européens sont en berne en 2012. Ils le seront encore, vraisemblablement, en 2013. Il faut conquérir ailleurs. «La créativité et le développement à l’international de nos ventes», voilà les leitmotivs répétés par le patron de Citroën. Qu’il traduit dans une montée en gamme, sous le sigle DS, couronnée par le concept car no 9. Future limousine apte à séduire les fortunes asiatiques. Avant cela, Citroën destine aux pays émergents deux nouvelles berlines compactes, bien plus prosaïques. Un tiers des ventes de la marque se font actuellement hors Europe. Ce sera la moitié d’ici 2020.

S’exporter ou mourir. C’est à travers Dacia que Renault a entrepris la conquête, efficace, des marchés low cost. Les nouveaux visages de la pionnière Logan et de la Sandero témoignent de la vigueur de l’offensive. Mais la vedette de ce salon c’est incontestablement la prometteuse Clio. La nouvelle perle. Dans une féerie jaune, rouge, orange, une trentaine de modèles ont envahi le stand, éclipsant dans un coin la colombe Zoé, cette fée électrique qui entame aussi sa carrière en France. Son pari de «mobilité durable» est risqué, chacun le sait, le craint, en interne dans l’entreprise. Carlos Gohsn n’en fait pas l’aveu. Mais, pragmatique, pour «reconquérir les marchés européens et retrouver sa croissance», il place désormais l’avenir de sa marque dans le «retour de Renault sur le terrain de l’émotion automobile». Belle, la Clio se veut aussi efficace. Avec le diesel de 90 ch, elle annonce des records : 3,2 litres aux 100 km, pour 83 grammes de CO2. T’as vu ça, Zoé!

La Golf rejoue ses classiques

Essence ou diesel, les moteurs classiques restent ceux de l’avenir. Ils ne cessent de s’améliorer. Comme ces modèles qui ont débuté leur carrière il y a trente ans et qui, refaisant peau neuve, continuent à tracer la voie en toute sérénité.

La Golf en est la plus célèbre illustration. Septième génération déjà, tout est neuf, mais rien ne change. Même profil. Rigueur sublimée. Technologies de pointe. Grandes ambitions. Asseoir le leadership de Volkswagen, qui se voit numéro 1 mondial dans pas longtemps, devançant le Japonais Toyota qui, misant sur la révolution hybride, ne s’en laisse pourtant pas compter.

À Paris, où un palais complet est réservé à la puissance du groupe allemand, tout le stand est dédié à la Golf pour la journée de presse, jeudi. S’y dévoile la future GTI, emblème par excellence. Et aussi la Bluemotion, attendue l’an prochain. 3,2 litres également, et 85 gr/km de CO2 pour le 1 600 TDI de 110 ch. Les performances que revendiquait une Polo il y a encore trois ans!

Pour la pomme d’Adam

Si VW joue sur du velours avec ce modèle, tout n’est pas rose pour autant dans le groupe. Du côté de Seat notamment, qui mise sur une Leon revenue à ses classiques pour sortir (enfin?) de l’ornière. Mais la concurrence aussi est aux abois. Et pas seulement française.

Prenez un autre Allemand, Opel. Celui-là joue aussi sa survie en lançant Adam, une quatre places, 3,7 m de long, qui se donne des rondeurs et un look branché, personnalisable à souhait, pour percer dans le segment des citadines chic, à un prix plus proche de celui d’une Fiat 500 que d’une Mini ou d’une Audi A1. Avec Audi, Porsche, BMW ou Mercedes en prétentieux étendards, l’Allemagne ne jure plus que par les produits «premium». Adam, c’était le prénom du fondateur de la marque Opel. Symbolique d’une renaissance, d’une terre promise, d’un paradis. Mais suffisant pour éviter l’enfer?