Presse

Un avocat requiert une censure policière

Un avocat liégeois a requis des policiers pour imposer à une photographe d’effacer ses images. Les journalistes s’indignent.

Incident grave, hier matin, à la sortie du Palais de Justice de Liège, où un avocat est parvenu à imposer une censure à une photographe indépendante, qui effectuait son travail pour compte du quotidien liégeois «La Meuse».

Christiane Thise, la cliente de Me Jean-Louis Berwart, répond actuellement d’une tentative de meurtre sur enfant. Déjà condamnée aux assises de Liège en 2009, elle a été amenée par des policiers devant la huitième chambre correctionnelle, qui a reporté l’affaire au 5 octobre.

En audience, Me Berwart a présenté une requête inédite à la présidente : faire interdire la prise de photos à l’extérieur de la salle. Ce à quoi la magistrate a répondu, fort sagement, qu’elle n’avait pas à imposer de contrôle sur le travail des membres de la presse.

Abus d’autorité

À la sortie du tribunal, Me Berwart a alors requis les policiers, qui ont ordonné à la photographe d’effacer l’ensemble de ses clichés. Celle-ci n’a eu de choix que d’obtempérer.

Le procédé a violemment choqué la photographe et les journalistes présents sur place.

Les éditions de Sudpresse ont, elles aussi, vivement réagi. «Une telle opération de censure et d’entrave grave à la liberté de la presse ne peut rester impunie», a indiqué Michel Marteau, le rédacteur en chef des éditions Sudpresse, qui a signalé avoir informé le procureur général et la procureur du Roi de Liège de l’affaire. Dans l’attente d’éventuelles «suites judiciaires».

L’Association générale des journalistes professionnels (AGJPB) s’est dite aussi «scandalisée par ce processus qui relève d’un abus d’autorité».

«Un inculpé a son droit à l’image», a rappelé Jean-François Dumont. «Mais ces photos ont été prises en dehors d’une salle d’audience, dans un espace public et dans le cadre d’une affaire à caractère public . On peut dès lors considérer que le droit à l’information l’emporte» a relevé le secrétaire général-adjoint de l’AGJPB, avant de prendre contact avec le bâtonnier liégeois.

«Les avocats et les policiers n’ont en tout cas pas le pouvoir d’imposer à qui que ce soit d’effacer des photos», a-t-il conclu. «L’avocat aurait pu demander à la rédaction de ne pas diffuser les images de l’inculpée, pas de contraindre la photographe d’effacer les photos».

Phi. Le.