L’édito par Philippe Martin

Tout ça pour ça ?

Tout ça pour ça ?

Personnel EdA - 06/2008 Trombinoscope Philippe Martin EdA - Jacques Duchateau

Cette fois, c’est terminé. Dimanche matin, les militaires belges baisseront les couleurs sur l’aéroport international de Kaboul et céderont l’autorité à un commandement hongrois. Ce sera un pas de plus dans le retrait des forces belges après dix années de présence en Afghanistan. Ne resteront alors – provisoirement – que les soldats en poste dans d’autres villes du pays et qui continueront à assurer des missions de formation de l’armée nationale afghane ainsi que des opérations aériennes.

Une page se tourne donc pour la Belgique; une autre s’achève aussi pour l’ensemble des forces de la coalition qui, en 2002, avaient décidé de chasser les talibans des montagnes afghanes. Souvenez-vous : c’était au lendemain des attentats du 11 septembre 2001, d’une déflagration planétaire de l’émotion, de la condamnation d’al-Qaïda, de la traque de Ben Laden…

Aujourd’hui, on y voit un peu plus clair sur le désengagement progressif de cette vaste coalition de 115 000 hommes, de plus de 50 nationalités, qui devrait quitter la région en 2014 après avoir passé le témoin à l’armée afghane.

Mais sur quel bilan? Celui d’un pays réellement pacifié, d’un véritable État de droit? Ou d’un pays toujours fragile, morcelé, avec un gouvernement contesté, corrompu et incapable d’exercer son autorité sur l’ensemble de son territoire? Personne n’est dupe, évidemment. Et il n’y a guère que des pays comme les États-Unis qui ont investi des moyens humains et financiers gigantesques dans cette opération pour essayer de faire croire aux autres que cette aventure n’a pas été inutile.

Les autres ne se font plus beaucoup d’illusions. Sitôt les militaires de l’ISAF envolés, les talibans devraient revenir en force, au terme d’une nouvelle guerre civile ou d’un partage du pouvoir avec le gouvernement de Hamid Karzai. Un récent rapport de la fondation indépendante Carnegie se montre même particulièrement pessimiste en évoquant un triple effondrement du régime de Kaboul, à la fois économique, institutionnel et militaire, à partir de 2014… Alors, tout ça pour ça,? Pour en revenir finalement à une situation aussi sombre et aussi tragique pour la population que celle qui prévalait avant la guerre?