LITTERATURE

Patrick Haemers, un faux « Robin des Bois » aux mains tachées de sang

Patrick Haemers, un faux « Robin des Bois » aux mains tachées de sang

Patrick Haemers : « une belle gueule », mais un redoutable criminel récidiviste. Belga

La veuve de Patrick Haemers évoque sa mémoire. Ses souvenirs lumineux auront, pour d’autres, un goût de cendre.

Bien sûr, Denise Tyack garde le souvenir d’un époux qu’elle a aimé. Évidemment, ses mémoires, mises en forme par Peter Boeckx, n’ont pas prétention d’objectivité. Décrire Patrick Haemers comme un Robin des Bois (en anglais : Robin Hood et non Wood, p. 33), qui ne volait «que les banques et la Poste», n’en a pas moins quelque chose de choquant. Car celui à qui le rapt de Paul Vanden Boeynants, en janvier 1989, a apporté une «gloire» douteuse, a semé la mort, pour mener la grande vie : le 4 novembre 1985, à Ensival, Henriette Genet et Yves Lambiet ont été déchiquetés dans l’explosion qui a pulvérisé leur fourgon postal. Ronny Croes a connu le même sort dans son fourgon GMIC, à Grand-Bigard, le 31 janvier 1989. Georges Vindevogel, un agent de Securitas, lui, a été «flingué» à Gooik en 1986.

Près de vingt ans après le suicide en prison de son mari, le 14 mai 1993, Denise Tyack ne leur accorde pas la moindre attention. «Ce livre décrit ce que je vivais à l’époque», se défend-elle (cf. ci-dessous). Parlant d’Henriette Genet, elle ne s’en affirme par moins «aujourd’hui encore convaincue qu’il est totalement irresponsable d’envoyer une femme enceinte accompagner un transport de fonds» (p. 173). La Poste responsable de la mort de son employée, alors? À défaut, l’artificier. Mais en aucun cas, Patrick Haemers qui, à Ensival, n’a pas oublié d’emporter les sacs postaux contenant le butin avant de quitter les lieux du double crime!

Les mémoires de Denise Tyack suscitent plus le malaise que l’intérêt. Car si elle fait, sans frais, quelques menues révélations sur les coulisses des expéditions criminelles de son mari, elle n’évoque que de manière lapidaire certains noms liés, à tort ou à raison, aux sinistres activités, à la même époque, des «tueurs du Brabant».

Quant au style… c’est celui d’une (sous-) collection Harlequin. Avec la pincée requise d’érotisme, par exemple quand Denise Tyack relate ses relations sexuelles avec Haemers dans les toilettes d’un avion, ou à la prison de Recife. Et les clichés d’usage : «nous vivions à la brésilienne. Nous passions beaucoup de temps sur la plage, et, le soir, j’allais manger une glace» (p. 137); ne manquent que le foot et la samba!

Le ton ne change que pour une voilée de bois vert – la seule du livre! – à notre ancienne consœur de RTL Kathryn Brahy, «vraie sangsue et paparazzi avant la lettre» (p.172), venue interviewer Patrick Haemers et Denise Tyack à Rio, le 29 mai 1989, deux jours après leur arrestation. Parce qu’il fut impossible, plus tard, à Patrick Haemers, de revenir sur ces aveux télévisés en direct?

« Ma vie avec Patrick Haemers », Éd. Racine, 248 p. 19,99 €

« Une vie vraiment pas ordinaire »

 

Denise Tyack, pourquoi avoir choisi de sortir de l’ombre avec la publication de ce livre ?

Je ne vis pas dans l’ombre : à Wavre, tout le monde sait qui je suis, avec les inconvénients que cela peut emporter. Ce livre est dû au hasard : une connaissance de mon fils connaissait Peter Boeckx qui, par son intermédiaire, a pris contact avec moi. Il voulait réaliser un documentaire. Réticente, je me suis laissé convaincre. Et le livre a suivi.

Un livre où les détails sur les conversations, et même sur les repas que vous avez pris, foisonnent…

J’ai gardé des souvenirs très précis de cette époque. Et ils ont repris forme au gré de notre collaboration avec Peter Boeckx, que j’ai rencontré pendant plus d’un an. Sur base de ces interviews, il a rédigé un texte que j’ai lu, relu, et fait corriger jusqu’à ce qu’il corresponde exactement à ma manière de voir.

Peter Boeckx  : J’ai voulu « romaniser » la vie de Patrick Haemers et Denise Tyack

Mais n’idéalise-t-on pas ainsi la figure de Patrick Haemers ?

C’est Peter Boeckx qui appelle cela un roman. Peut-être parce que ma vie avec Patrick Haemers s’est déroulée comme un roman. Mais on n’idéalise rien : c’est comme cela que les choses se sont passées…

Vous n’avez pas un mot pour les victimes de ces expéditions sanglantes…

Ce livre décrit comment j’ai vécu ces événements à l’époque, et, à l’époque, il n’y avait pas de place pour les victimes.

Peter Boeckx : un documentaire (NDLR : en néerlandais) en six épisodes, diffusé pour la première fois avant-hier sur la chaîne privée flamande « Vier », a une forme plus journalistique. Denise Tyack s’y exprime, mais aussi des enquêteurs et des proches des victimes de la bande de Patrick Haemers. Nous sommes en pourparlers avec la RTBF et RTL pour montrer aussi ce documentaire aux téléspectateurs francophones.

Mais vingt ans après, quel regard portez-vous sur ces événements ?

C’est quand même impressionnant de revoir tout ce que j’ai vécu. Quand on met tout bout à bout, on peut dire que la vie que j’ai vécue n’est vraiment pas ordinaire !