LITTERATURE

Dantec, provocateur hors contrôle

Dantec, provocateur hors contrôle

Dantec est ingérable. Vedette d’une nouvelle maison d’édition, il a voulu interdire la sortie de son roman.

REPORTERS/abaca

L’écrivain franco-canadien a vainement tenté d’empêcher la sortie de son propre roman, «Satellite Sisters», un thriller d’anticipation.

Né en 1959 à Grenoble, Maurice Georges Dantec passe son enfance dans la banlieue «rouge» de Paris, à Ivry-sur-Seine, avant de s’installer en 1998 à Montréal et de prendre la nationalité canadienne. Musicien punk entre 20 et 30 ans, il publie son premier roman en 1993 dans la Série Noire de Gallimard, La Sirène rouge. Suivent chez le même éditeur puis chez Albin Michel, Les Racines du mal, Babylon Babies, Cosmos Incorporated, Artefact, ainsi que les différents tomes de son journal, Le Théâtre des Opérations. Au fil de ces «machines de guerre», celui qui croit à L’Éternel retour du Christ fait feu de tout bois, mêlant l’injure à l’invective pour dénoncer notre monde d’aujourd’hui, «l’ère de l’Antéchrist», et pourfendre la démocratie telle qu’elle existe, les droits de l’homme, etc. Il prend la position du justicier évidemment proscrit (par le milieu littéraire) et attaque avec véhémence les «raclures de vomitoire gaucho-anar» ou les «salopes californiennes pacifistes». Sa croisade contre l’islam (dont le but est «l’asservissement général de l’humanité») et l’islamisme (la France est pour lui «le fer de lance de l’islamisation de l’Europe») l’a par exemple conduit à se rapprocher de l’extrême droite et à soutenir Georges Bush (qu’il met sur le même pied de Roosevelt).

Début août, il a tenté de faire interdire la sortie de son nouveau roman, Satellite Sisters. Il accuse en effet son éditeur, Daniel Kersan, qui est également son ancien agent littéraire, d’avoir abusé de sa santé physique et psychologique lors de la signature de son contrat, d’avoir fait des corrections dans son texte (ce que Kersan nie) et de lui avoir imposé une couverture «hideuse» (signée du dessinateur Liberatore) que, toujours selon son éditeur, il avait pourtant acceptée avec enthousiasme.

Dantec a été débouté de sa plainte et son roman est paru comme prévu le 23 août. Par contre, il n’est pas venu le défendre en France où des rencontres étaient prévues dans plusieurs librairies. Notamment au Furet du Nord de Lille.

Présenté comme la suite de Babylon Babies, paru en 1999, mais pouvant être lu indépendamment, Satellite Sisters en reprend les héros, Hugo Cornelius Toorop et les sœurs Leva et Sara Zorn. À l’heure de la colonisation de Mars, l’ONU-2.0, qui veut éviter un développement intensif de l’espace, affronte des entrepreneurs qui, eux, ambitionnent d’y construire un Las Vegas Céleste. À leur tête, on retrouve le patron de Virgin défenseur d’un tourisme spatial, Richard Branson, qui se place ainsi en pourvoyeur d’emplois. Livre d’anticipation – l’auteur extrapolant certaines données de la recherche scientifique ou médicale actuelle -, Satellite Sisters est aussi un thriller mouvementé dont la lecture peut sembler ardue aux non-initiés.

Maurice Dantec, « Satellite Sisters », Ring, 509 p., 22 €