FOOTBALL

Boateng : le Prince qui fait le King

Boateng : le Prince qui fait le King

L’AC Milan a confié les clefs de San Siro à Kevin Prince Boateng. AFP

Orphelin d’une flopée de stars, l’AC Milan a confié les clefs de San Siro à Kevin Prince Boateng.Le Ghanéen prendle rôle au sérieux.

À côté de lui, Mbark Boussoufa ou Dieumerci Mbokani passeraient presque pour des mecs humbles et besogneux. Le Milanais Kevin Prince Boateng l’a clamé en début de saison : « Je veux devenir le meilleur du monde». Évidemment, ce n’est pas donné à tout le monde de grimper sur le piédestal délaissé par l’orgueilleux Zlatan Ibrahimovic dans le vestiaire milanais. D’autant qu’en même temps que l’international suédois parti se remplir les poches au PSG, c’est un car entier de stars qui a déserté San Siro cet été : Cassano, Thiago Silva, Zambrotta, Gattuso, Inzaghi, Seedorf ou Van Bommel. L’AC Milan, au sein duquel le défenseur français Philippe Mexès est désormais le plus gros… salaire (4 millions par an tout de même!) change de cap, fait des économies, rajeunit ses cadres et compte donc sur Boateng, le puissant médian ghanéen pour diriger la manœuvre.

Avec Emanuelson, el Shaawaryet de Jong

Pour le moment, ce n’est pas encore ça. Samedi, lors de la défaite des Rossoneri face à Bergame, le manque de rythme et de créativité dans le jeu milanais était criant. Si l’ex-Ajacide Emanuelson et l’espoir italien el Shaarawy ont bien tenté d’accélérer les échanges et d’amener un peu de fantaisie, rien n’y a fait. L’organisation solide de l’Atalanta n’a pas plié sous le jeu stéréotypé d’un AC Milan qui s’est échiné à passer par l’axe alors qu’il est censé posséder des arrières latéraux plutôt offensifs avec Abate et Antonini. Si Nigel de Jong s’est époumoné au poste de médian récupérateur, Pazzini, le serial-buteur arrivé de l’Inter, n’a pas vu la couleur d’un ballon. Quant à la paire centrale en défense (Bonera – Acerbi), elle a plaidé elle-même pour un retour de Mexès dans le onze de base.

« Ghetto Kid »

Boateng, lui, handicapé par une main lourdement plâtrée (suite à une fracture), s’est éteint au fil de la rencontre, sans apporter les infiltrations souhaitées depuis son poste de soutien d’attaque.

Bref, tout costaud soit-il, la, figure de proue des «Black Stars» n’a peut-être pas les épaules assez larges pour porter à lui tout seul une équipe qui se cherche à ce point-là. Mais le demi-frère du Munichois Jérôme (qui lui, a opté pour la Mannschaft), n’est pas du genre à douter (et encore moins, sans doute, au moment d’affronter un sans-grade européen comme Anderlecht).

Son triplé face à Lecceet ses tatouages

C’est un dur au mal qui sait jouer autant qu’il sait tackler. Surnommé par ses propres soins «Ghetto Kid» en référence à son enfance passée à Wedding, un quartier désœuvré berlinois, il a d’abord dû faire ses preuves et fourbir ses armes en Bundesliga (Herta Berlin et Dortmund), en Premier League (Tottenham et surtout Portsmouth) avant de débarquer dans la capitale lombarde. Son jeu tout en puissance et en explosivité a vite séduit San Siro et Massimo Allegri, le coach. Il peut faire basculer un match à lui tout seul, comme lors de ce mémorable et spectaculaire triplé face à Lecce la saison passée (de 0-3 à 3-3) qui a définitivement conquis les tifosis. Il peut aussi sombrer dans la brutalité et trimballe derrière lui quelques casseroles remplies de cartes jaunes et rouges. C’est son côté ange ou démon. À l’image du double joker (un qui rit, un qui pleure) qu’il s’est fait tatouer. Car Boateng, comme bon nombre de ses condisciples, est un fana de l’encre indélébile. Au point d’avoir le visage de son épouse imprimé sur la peau. Dans le dos, heureusement pour lui, car il convole désormais avec la bimbo Melissa Satta (ex-madame Vieri). Le tout premier de sa petite vingtaine de tatouages, c’était le mot… «Prince», tout simplement, tout modestement. Mais là, comme il ne risque surtout pas de divorcer d’avec lui-même…