César Franck, le héros de Jaco Van Dormael

César Franck, le héros de Jaco Van Dormael

Changement de rythme pour Jaco Van Dormael : « Au cinéma, on tourne 50 secondes par jour. Ici, on a cinquante heures pour monter un spectacle ! »

Jacky Lacroix/ORW

Stradella, une œuvre inédite de César Franck ouvrira la saison. Grâce à un petit nouveau dans le monde de l’opéra : Jaco Van Dormael.

«On ne peut pas comparer!» Jaco Van Dormael, l’homme de Toto le Héros ou de Mr Nobody, est pour la première fois le metteur en scène d’un opéra, Stradella de César Franck, une œuvre qui n’a jamais été jouée auparavant.

«C’est l’ORW qui me l’a demandé, nous avoue-t-il, et je découvre un métier qui est plus du ressort du plasticien que du cinéaste. Ici, c’est la musique qui mène et qui impose l’espace et le temps. Je ne peux pas, comme au cinéma, accélérer ou couper. Même les déplacements des solistes sont dictés par la musique. Alors nous avons beaucoup travaillé sur la lumière et les décors.»

L’histoire de Stradella se déroule à Venise, au XVIIe siècle. «C’est une histoire triangulaire classique, deux amoureux et un homme vieux et puissant qui aime aussi la jeune femme.» Mais pas de gondoles à Venise pour Van Dormael. «J’ai juste gardé l’eau. L’histoire se déroule durant une aqua alta et au fur et à mesure de l’intrigue, les pontons s’enfoncent et les chanteurs et danseurs également. Le 3e acte se déroule sous l’eau.»

La nouvelle machinerie de la scène de l’opéra permet naturellement d’installer une vraie «piscine». «Il y a juste quelques centimètres de profondeur, le reste c’est de l’illusion.» Et le Stradella de Jaco Van Dormael est complètement abstrait et hors du temps. «On n’y retrouve aucune époque. Mais j’ai naturellement respecté l’œuvre sauf la fin où la musique et ce qui se passe sur scène ne racontent plus la même histoire. Chez César Franck, Dieu arrange tout. Chez moi, c’est le méchant qui finit par “gagner ”. Comme dans la vraie vie non?»

Avec tout juste dix jours de répétitions, Jaco est aussi effaré du rythme de l’opéra! «On a eu 50 heures!, s’exclame-t-il, c’est la norme. Avec une belle machinerie mais dont on essuie les plâtres… Au cinéma, on tourne 50 secondes par jour. Ici, le premier jour on a fait 40 minutes!»

Et puis l’opéra, jusqu’aux coulisses, c’est tout un monde et tout un protocole. «J’aime beaucoup la collaboration avec le maestro Paolo Arrivabeni. Ça se passe vraiment bien. Ici tout le monde s’appelle maestro : “ bonjour maestro, comment allez-vous maestro?…. ” Depuis trois semaines, je suis un maestro (rires). J’ai un peu l’impression d’être chez des extraterrestres!»

Stradella de César Franck, avec Isabelle Kabatu, Marc Laho et Werner van Mechelen, du 21 au 29 septembre, Opéra royal de Liège, 04 221 47 22 et www.operaliege.be