Y’a Sondron qui crise

Le dessinateur de presse Jacques Sondron caricaturiste caricature dessin journal L'Avenir lavenir EDA - Jacques DUCHATEAU

La crise, les dérapages et les pots-de-vin inspirent le Mister Hyde qui se cache en Jacques Sondron, le dessinateur de « L’Avenir ». Ses dessins sont mis à l’honneur dans un livre paru chez Luc Pire, et une expo va bouger dans le pays.

Découper les dessins de Sondron tous les jours dans le journal, c’est bien… Acheter son livre, c’est mieux. Le seul inconvénient du livre, c’est qu’on n’a pas 365 jours (moins les dimanches et jours fériés) en image. L’avantage, par contre, c’est qu’on y découvre des dessins qui ne sont pas parus dans L’Avenir. «La moitié des dessins du livre étaient dans L’Avenir, les autres sont parus dans le Journal des enfants, Zelium, un magazine français de la veine de Charlie hebdo, dans le magazine WAW…»

Sondron fait son cinéma

C’est Elio Di Rupo qui est en couverture de Crise. Vêtu d’une veste en cuir, il se recoiffe comme John Travolta dans Grease. Mais pas d’Olivia Newton John à l’horizon : Elio doit se contenter du coq wallon dans sa voiture décapotable. L’affiche de Grease, pastichée sur la couverture de ce deuxième livre fait écho à son premier livre chez Luc Pire, Le manège désenchanté, où Bart de Wever prête ses traits au chien Pollux, tandis qu’Elio Di Rupo rebondit en criant sans doute des «Tournicoti, tournicota » que le dessinateur a censurés. Ces références au cinéma sont la marque de fabrique de la collaboration de Jacques Sondron avec Luc Pire : «J’avais déjà sorti trois livres avant, mais des livres à compte d’auteur, ou chez de petits éditeurs où le livre n’était pas distribué et donc difficile d’accès pour le public. »

Le contrat avec Luc Pire prévoit un livre par an… À vie? «Ça dépend, si on vend bien, précise le dessinateur de presse. La télévision et les nouveaux médias occupent pas mal de temps dans l’univers des gens et mangent des parts de marché… Il y a de plus en plus d’auteurs, de plus en plus de livres, mais moins de lecteurs. »

« Crise » de boisson, l’hommage à Michel Dardenne

Avec Crise, Jacques Sondron retrace l’année comme une sorte d’agenda scolaire allongé du mois d’août au mois d’août. Il vient de vivre les semaines les plus difficiles du travail d’auteur : «Les derniers jours sont toujours ardus parce qu’on est limité à un nombre de pages – 64 dans le cas de ce livre – et on garde toujours deux ou trois pages libres pour les dernières semaines, mais il faut qu’il se passe quelque chose. S’il ne se passe pas grand-chose, je passe cinq dessins, s’il se passe beaucoup d’événements je vais en mettre dix. »

Dans le cas de Crise, le livre était bouclé quand ils ont appris le décès du plus célèbre homme politique d’Herstal. « J’ai retiré un dessin pour pouvoir en mettre un sur le décès de Michel, parce que deux pages auparavant, on montrait qu’il avait eu un problème cardiaque. Entre le moment où le livre est fini et le moment où il est imprimé, il se passe trois semaines… Les gens n’auraient pas compris qu’un livre sortant mi-septembre ne parle pas du décès qui avait eu lieu à la mi-août.»

Au-delà de l’attente des dernières semaines, sélectionner 64 dessins sur une production de 500 à 600 dessins par an est une épreuve pour le dessinateur. Ses critères? «Il y a un critère “historique” : les faits importants doivent être présents… Mais il faut aussi que ces dessins soient bons!» Quant au critère de l’équilibre, il est plus délicat : « Il y a quelques années, on m’a reproché de parler trop du PS. Mais il était au cœur des affaires!» Crise, ce ne sont pas juste les dessins de Sondron. Ce sont ses sélections, ses choix, ses coups de cœur, sa ligne éditoriale. Et une semaine avant la naissance du bébé, Jacques Sondron est un rien fébrile…

Jacques Sondron, « Crise », éditions Luc Pire. Sortie le 13 septembre.