Au commencement était l’image

Si Charles Michel a déjà acheté certaines de ses caricatures, d’autres détestent se voir. « Mais pas parce que c’est moi qui dessine », précise Sondron.

EDA – Jacques DUCHATEAU

Être dessinateur de presse, c’est un peu ne jamais être en vacances. « Je peux partir, avec les moyens modernes : un ordinateur portable, une connection internet et un petit scanner… » Partir, c’est possible, mais les vraies vacances, celles où l’on se coupe complètement des infos, où que l’on soit, ça doit se négocier avant l’été, avec le rédacteur en chef.

Car au jour le jour, un dessinateur de presse se lève, écoute la radio, lit la presse, suit l’info sur internet… Et il gamberge. L’idée peut venir en une minute, ou en trois heures. Pendant que son cerveau cherche, ses doigts dessinent d’autres choses, pour les hebdos. À 15h- 16 h, le rythme s’accélère, sous l’impulsion du coup de fil de la rédaction. Soit Jacques a déjà décidé ce qu’il allait illustrer, soit il s’inspire du contenu du journal du lendemain, que lui décrit l’éditeur. Pendant tout ce temps, Jacques Sondron est chez lui, à Wanze. Son atelier est installé dans les combles de sa maison. C’est pratique, mais pas idéal : «Je suis à la fois tout le temps présent, mais pas une bonne présence, parce que je suis préoccupé, parce que je ne trouve pas d’idée… ou alors je râle parce que le journal me refuse un dessin et j’aurais bien aimé qu’il passe. »

Il n’a pas de trajet en voiture jusqu’au bureau, mais pas d’horaire fixe non plus. Pour regarder les films qu’il veut découvrir, le dessinateur recourt plus au DVD qu’au cinéma, parce que parfois, à 20 h, le bon dessin n’est pas encore prêt… Ou qu’un fait important a détrôné l’actu qui semblait essentielle jusqu’alors. «Dans la vie quotidienne, je sais que c’est difficile pour ma femme. Les horaires sont décalés, il y a toujours de l’incertitude… Ce n’est pas un boulot où l’on termine à 5hde l’après-midi et puis on rentre chez soi pour s’occuper de sa famille. »

Un cocon pour trouver l’inspiration

Dans l’atelier de Jacques Sondron, l’ordinateur, occupe la place centrale. Il l’utilise pour envoyer ses dessins au journal, mais il conçoit son œuvre à l’ancienne. «Je dessine le brouillon avec des marqueurs pour enfants. Parfois, je scanne, je déplace des personnages, je colle, je réduis…» Quand l’idée est approuvée, le brouillon est transformé, toujours à la main. Comme il doit aller vite, Sondron «décalque » son propre dessin sur du papier lay-out, réalisant une version au crayon. Puis, c’est au pinceau et à l’encre de Chine que le dessin prend vie. Pas de Photoshop pour colorier, mais de gros marqueurs qui se travaillent comme de l’aquarelle. La dernière touche, détails de couleurs ou noir et blancs, est apportée à l’aide de feutres tout fins.

La difficulté du dessinateur de presse, c’est l’actu, mais aussi de «croquer» ses acteurs : « Il y a des bons clients, parce qu’ils sont des personnages à part entière. Donc, en exagérant un tout petit peu, on en fait des personnages de bande dessinée. Parfois, ils sont physiquement difficiles à dessiner, mais ils sont intéressants parce qu’on peut aller au-delà.» La clé de la caricature, c’est une bonne documentation. «Quand j’ai commencé, je devais découper les photos dans les journaux et les magazines, les mettre dans des fardes… Maintenant, on va sur internet, on tape le nom et on a tout de suite plein de photos! Je recherche l’essence du personnage : les grosses joues, les petits yeux… Ce qui est difficile, c’est d’animer les personnages : le faire souriant, en train de pleurer, le faire de face, de profil ou de dos, et qu’on puisse le reconnaître

Dans son antre, des figurines de Lara Croft, Gaston Lagaffe ou Alien lui tiennent compagnie. Un guide du naturaliste traîne sur une table, comme un vestige de sa passion d’enfant pour la nature. « J’ai passé toute mon enfance à Esneux, qui est une commune rurale. Je jouais beaucoup dans les bois, et je voulais devenir garde forestier, alors en humanité, j’ai fait les eaux et forêts.» En 5e secondaire, il bifurque vers la chimie, option fabrication du papier… Mais c’est trop tard, il était déjà contaminé par le virus : «À l’école, j’ai rencontré des gens avec qui j’ai dessiné. On dessinait dans nos cahiers, et on a repris le journal de l’école, où je faisais des petits Mickeys… La chimie, c’était pour travailler en usine ou en laboratoire, et ça, je n’aimais pas du tout. J’ai été voir une expo à saint Luc, c’était tellement beau que je me suis dit : “C’est ça que je veux faire.”»