Eiffel : « On a toujours été dingo de pop »

Après le succès d’«À tout moment», les Bordelais d’Eiffel reviennent avec «Foule monstre».Un disque pop, onirique et intelligent.

Trois ans après À tout moment – troisième album qui a permis à Eiffel de conquérir un plus large public grâce au single À tout moment la rue – le groupe bordelais est de retour avec Foule monstre. Un quatrième opus marqué par l’introduction – à petites doses – de synthé, d’électro, de scratch, de sonorités plus hip-hop. Mais que les fans se rassurent, Foule monstre reste un album d’Eiffel, avec une alternance de morceaux rock et pop aux textes parfois toujours aussi obscurs (dans les deux sens du terme), tout droit sortis de l’imagination débordante du chanteur Romain Humeau.

Cet album a une histoire un peu atypique. Vous avez eu un élan, écrit quelques chansons puis le ressort s’est un peu cassé…

Oui, on était sur la tournée d’À tout moment et on avait la chance que cela marche plutôt bien… Et pendant les tournées, j’ai l’habitude d’écrire… Là par exemple, j’ai écrit 25 nouvelles chansons… Bref, il y avait déjà Place de mon cœur, Venus from Passiflore… Et puis on a perdu des gens importants dans nos vies, de manière assez rapprochée. Du coup, je me suis mis à écrire des trucs qui n’étaient plus des chansons… Et puis c’est revenu, avec la volonté de faire un album plus onirique, plus large, avec des sonorités gadgets.

Un autre style…

Les gens nous ont toujours rangés dans la case groupe de rock ténébreux bordelais, avec tout ce que cela peut inclure de réducteur. Mais je pense que, par notre parcours et par ce qu’on a toujours aimé faire, notamment harmoniquement et mélodiquement, on est plutôt un groupe de pop. On a toujours été complètement dingo des Beatles, des Kinks, Bowie, Pixies… Et puis il y a aussi ce Damon Albarn (NDLR : chanteur de Blur et de Gorillaz), qui est un sacré « garçu » (sic) !

Le single « Place de mon cœur » marche dans les traces de « A tout moment la rue »…

Je n’ai pas l’impression que cela se ressemble musicalement. Pour moi, ces chansons sont en miroir. À tout moment la rue visait à embrasser les gens. Place de mon cœur, c’est plutôt l’idée de l’insurrection, l’ébullition permanente que l’on peut avoir en soi… Par contre, ce qui est vrai pour les deux, c’est qu’il y a une volonté de s’adresser aux gens de façon assez large.

Ce n’est pas le cas pour tous vos textes. C’est souvent assez métaphorique ou onirique, et parfois difficile à comprendre…

Pour moi, la seule chanson dans cet album pour laquelle je n’ai pas la clé, c’est Puerta del Angel. Cela viendra peut-être plus tard… Les autres chansons sont, pour moi, assez réalistes… Mais chanter la réalité, c’est la chanter avec mon imaginaire. Ce n’est pas faire du Bénabar. Je ne vois pas l’intérêt de se remémorer les années 80, ou de dire qu’aujourd’hui j’ai mangé une pomme… La mémoire et la mer, de Ferré, vous savez me dire de quoi ça parle ? Personne ne le sait vraiment et pourtant cela touche tout le monde. C’est ce que disait David Lynch : c’est la différence entre la compréhension émotionnelle et la compréhension intellectuelle.

Vous chanteriez en anglais, on ne chercherait pas à comprendre…

Exactement ! Vous savez, il y a des tas de chansons en anglais dont je me demande toujours ce qu’elles veulent dire. Par exemple on va reprendre sur scène A Day in the Life, des Beatles. John Lennon sait sans doute ce qu’il veut dire. Mais moi, je comprends plein de trucs, sans savoir quelle est la bonne signification…

Sur votre album, la chanson « Le même train » est beaucoup plus accessible…

Cette chanson, je l’ai écrite en une demi-heure et je ne l’ai pas retouchée. Il y a un mode binaire plus compréhensible. C’est un peu une chanson sur le fatalisme… Il est aussi question de ce que font les courants de pensée très fort, politiques ou religieux…

À ce propos, le Printemps arabe se retrouve évoqué dans plusieurs textes. Et dans l’intro de « Place de mon cœur », on entend un appel à la prière…

Oui, on voulait faire un album faussement urbain, cosmopolite… Le précédent était plutôt campagnard. En ce qui concerne le Printemps arabe qui se trouve à plusieurs endroits en filigrane, je ne voulais pas porter de jugement. Il se fait que j’écrivais parfois sur tout à fait autre chose et c’est comme si toute l’imagerie de cette actualité-là revenait dans les chansons…

Vous allez partir pour une tournée de 120 dates…

On joue en décembre au Botanique et je viens d’apprendre que l’on va jouer sur la Grand-Place de Bruxelles fin septembre.

Vous avez joué aux Francos de Spa en juillet. Un bon souvenir ?

On a halluciné de voir le monde qu’il y avait. Par contre, je pense qu’on a été moyens. Mais c’est normal. C’était une prétournée. Depuis, on a bossé !¦

Eiffel, « Foule monstre », Pias. En concert au Botanique le 13/12 (02 218 37 32).