« Les Kaïra »  : des « Barons » made in France

De la minisérie en télé au cinéma, il n’y a parfois qu’un pas. Même pour ces bâtards de «Kaïra», racailles en verlan. Kiff assuré!

Les Kaïra, c’est le film buzz du moment en France. Et une bonne surprise, étonnamment. Les Kaïra de France, ce sont un peu les Barons de Belgique. Trois jeunes désœuvrés, banlieusards, qui rêvent d’une vie meilleure, de boulot et par-dessus tout, de filles dans leur lit. L’idée est venue de trois comédiens, issus du programme court de Canal + Kaïra Shopping qui jouent, à quelques détails près, leurs propres rôles. À commencer par le réalisateur, scénariste et acteur Frank Gastambide, que nous avons rencontré.

Un sondage stipule que 80 % des jeunes entre 14 et 25 ans ont déjà vu un film porno. Inhabituel comme départ de film…

Mon but était de faire une comédie drôle et un peu osée qui n’a pas peur d’aller dans le trash. Ne pas avoir peur d’aller loin, même très loin, au risque de perdre quelques spectateurs en cours de route mais au moins, cette comédie n’est jamais tiède. Si le point de départ est porno, c’est parce que ça me permettait de jouer sur les renforts comiques que permet ce métier, où on s’est déjà tous amusé à se moquer du mec qui joue le plombier. Et à choisir entre ne rien faire et acteur porno, vaut mieux être acteur porno (sourires). On comprendra vite que cela permettra à mes personnages de se bouger le cul (sic) et de les amener à vivre la plus grande aventure de leur vie.

Le cinéma permet d’oser plus de choses qu’à la télé ?

Complètement ! Encore plus en sachant que ce film a été financé sans télé. Or, on sait que la télé finance énormément le cinéma. À partir du moment où on n’a pas la télé derrière, on possède une liberté de ton énorme. Je fais un film de cinéma, donc j’ose montrer les choses qu’on ne peut pas montrer à la télé. Mais ce n’est pas pour autant que je me ferme à un public. L’art est segmentant, l’humour encore plus. Je me suis simplement dit : qu’est ce qui me fait marrer ? Qu’est ce que j’ai envie de raconter ? L’histoire d’une bande de potes qui partent dans un road trip. Je voulais aussi que ce film soit le parcours initiatique de trois mecs. Socialement au point zéro. Pas de travail, pas de nana, pas d’argent et qui squattent chez un pote. Partir de rien pour se sociabiliser. Mais pour en arriver là, je devais oser aller dans une comédie drôle et qui va loin.

Quelles ont été vos limites alors ?

Que ce soit drôle. L’humour qui va franchement trop loin, ce n’est vraiment plus drôle. Se dire sans cesse si cela est drôle ou pas était une très bonne limite. Trop loin devient trop vulgaire, trop beauf, trop moqueur. Trop, c’est trop et après ce n’est plus drôle.

Avec un message derrière chaque gag. Comme ces femmes en burka qui se prennent un poteau…

On ne peut pas faire un film sur la banlieue, avec des mecs qui ont des casquettes, des trainings et des baskets, sans un minimum de fond. C’est mon seul parallèle avec les « teen movies » américains, style Judd Apatow, dont je me suis essentiellement inspiré. Ils traitent tous de la middle classe américaine et de mecs en zone pavillonnaire. Le message social et religieux, dans ce contexte-là, n’a donc pas lieu d’être. Je ne peux pas m’en affranchir totalement, mais je suis au moins obligé d’en faire quelques clins d’œil. C’est ma personnalité, ma vie, mes origines.¦