Politique

Donner les invendus, une obligation ?

Donner les invendus, une obligation ?

La grande distribution rappelle que c’est surtout l’industrie et les consommateurs qui gaspillent.

Reporters

Trop d’invendus finissent encore dans les poubelles. Le PS veut rendre le don aux associations obligatoire. La grande distribution est sceptique.

En Belgique, 200 000 personnes ne disposeraient pas d’une alimentation adéquate, selon le parti socialiste. Pourtant, 660 000 tonnes de nourriture sont gaspillées chaque année. Ce qui représente un montant total de 1,4 milliard d’euros.

Pour le PS, ces chiffres sont inacceptables. Les socialistes ont donc décidé de s’inspirer de la récente décision du collège communal de Herstal d’obliger les supermarchés de la commune liégeoise de faire don des invendus aux banques alimentaires.

Le PS voudrait généraliser la mesure. Un premier pas a été franchi avec le dépôt au parlement d’une proposition de décret allant dans ce sens. À la plus grande surprise de la Fedis, la fédération qui représente les intérêts de la grande distribution.

À l’heure actuelle, explique le PS dans le texte qui a été déposé, «l’organisation du don de ces invendus repose uniquement sur une démarche volontariste de la part des grandes surfaces de distribution alors que de très nombreuses associations sont parfaitement organisées pour recevoir et redistribuer rapidement ces invendus consommables auprès des plus démunis.»

Aujourd’hui, constatent les élus socialistes, une partie de ces invendus, pourtant consommables, «part encore en filière de valorisation par biométhanisation». Inacceptable selon eux. D’où cette nouvelle initiative législative.

Concrètement, le PS veut rajouter une clause dans le permis d’environnement des grandes surfaces. Celle-ci mentionnerait que « les invendus consommables doivent systématiquement être proposés à une association caritative avant de partir vers toute autre filière de valorisation».

Améliorer la collaboration

Du côté de la Fedis, on s’étonne de cette initiative. D’autant que politiques et grande distribution collaborent déjà pour améliorer la situation. Ce que ne nie d’ailleurs pas le PS qui souligne que cette nouvelle mesure viendrait compléter «la résolution visant à la valorisation des invendus alimentaires et à la lutte contre le gaspillage alimentaire et l’accumulation des déchets».

Les distributeurs, qui découvrent l’initiative n’ont pas encore adopté une position claire sur cette proposition de décret. Mais, à chaud, on regrette son caractère obligatoire. La Fedis préférerait qu’on « améliore la collaboration et les canaux de distribution» des invendus.

Enfin, la grande distribution fait remarquer qu’elle a déjà fait de grands efforts pour lutter contre le gaspillage. Et de rappeler au passage, chiffres à l’appui, que sur les 3,6 millions de tonnes d’aliments gaspillés chaque année (bien plus que les chiffres avancés par le PS), 63 % le sont dans l’industrie alimentaire, suivie des consommateurs (25 %) et de l’Horeca (8 %), le commerce de détail ne représentant «que» 2,5 %.