bande dessinée

Sotheby’s met en vente le premier dessin d’Hergé

Hergé avait 11 ans quand il dessina une première fois dans le carnet de poésie de «Milou». Ce carnet sera vendu chez Sotheby’s ce 4 juillet.

«Un émouvant carnet de poésie fut offert à l’élue du cœur d’Hergé alors âgé de 11 ans, Mademoiselle Marie-Louise Van Cutsem, surnommée Milou, où figurent deux dessins de Georges Rémi datés de 1918 et 1920, les plus anciens connus de sa main. Ce carnet détient, à la fois, l’histoire personnelle d’Hergé et la genèse de son œuvre, préfigurant le futur père de Tintin, qui doit renoncer à l’amour qu’il porte à Milou…»

Tel est l’essentiel d’une note dressée par Sophie Dufresne, de la société Sotheby’s, à l’occasion de la «première vente de bande dessinée» que la célèbre société de vente aux enchères organise à Paris, ce 4 juillet.

Le carnet est estimé à 10-12 000 €. Il est mis en vente à la demande d’une petite-fille de Milou.

On dit que Moulinsart, qui détient les droits d’Hergé, voudrait l’acquérir pour le placer à l’entrée du Musée Hergé, à Louvain-la-Neuve…

«Je ne suis pas au courant, j’ignorais jusqu’à l’existence de cette vente, s’étonne Robert Vangeneberg, l’administrateur-délégué du Musée. A priori, ça ne correspond pas au souhait de la veuve d’Hergé, même si c’est une pièce unique. On a déjà tellement de choses qu’on n’arrivera jamais à les montrer toutes… Nous sommes partenaires d’une vente de pièces rares d’Hergé, le 18 novembre prochain chez Drouot, mais ce ne sera ni pour acheter ni pour vendre.»

Un garçon sans avenir…

Si Sophie Dufresne suggère que le carnet de Milou révèle beaucoup de choses sur Hergé, c’est parce qu’elle connaît les recherches de Bernard Spée, un tintinologue d’origine namuroise qui s’intéresse à la face cachée de Georges Rémi, sous un angle psychanalytique, celui des rêves en particulier (nos éditions du 8 février 2010).

Dans ses «Petites études hergéennes» et un chapitre intitulé «Hergé, un résilient de génie? Donner du sens à deux dessins d’enfant?», Bernard Spée écrit que, contrairement à l’image lisse qu’il cherchait à donner de lui-même, Hergé a vécu quelques graves souffrances.

On a généralement entendu parler de ses grosses dépressions, à la fin des années 1940 et 1950. On sait moins que, à l’âge de six ans, il aurait été abusé par un oncle. Et que, à l’âge de 17 ans, les parents de Marie-Louise ont mis un terme à leur idylle amoureuse, sous prétexte que le jeune Georges était un garçon sans avenir. «Jusqu’à sa mort, Hergé restera profondément attaché à Marie-Louise, observe Bernard Spée : il lui enverra un exemplaire à chaque fois qu’il publiera un album des aventures de Tintin.»

L’histoire d’amour avait commencé en 1918 alors qu’il n’avait que onze ans. C’est l’âge qu’il a quand il dessine dans le carnet de poésie de son amie «un coq-paon qui se fâche à l’encontre d’un gros lapin à cause d’un œuf cassé».

Ce n’est pas à proprement parler le premier dessin connu d’Hergé – Philippe Godin a retrouvé des dessins antérieurs, mais qui s’apparentent à du gribouillis – mais c’est le premier vrai dessin connu du créateur de Tintin. Il avait été découvert par Hervé Springael, un chercheur bruxellois.

Le second dessin date de 1920. C’est «le portrait d’un homme, d’un soldat qui affirme sa virilité en étant gradé et en fumant la pipe».

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