«Renifleur» de cadavres à la rescousse

Les experts de la DVI peuvent voir leur travail facilité par cette nouvelle méthode d’analyse des odeurs cadavériques.

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C’est une première mondiale : grâce aux chercheurs de Gembloux et de Liège, on pourra retrouver plus rapidement des corps… à l’odeur. Bien plus subtil (et volatil) qu’on le croit.

On peut avoir encore l’âge des guindailles, le sourire prompt et un minois tout frais, et néanmoins bosser depuis des années sur l’odeur des cadavres en décomposition. Tout ça parce qu’on se passionne un jour pour les insectes nécrophages.

Jessica Dekeirsschieter est doctorante à l’Unité d’entomologie fonctionnelle et évolutive sur le campus de l’Agro-Bio Tech, à Gembloux (ULg). «Ça peut sembler bizarre d’étudier les odeurs de la mort. Mais c’est une partie de mon travail », dit-elle le plus simplement du monde. Si elle veut savoir pourquoi les insectes apparaissent sur les cadavres une demi-heure seulement après la mort, elle doit décortiquer ces odeurs qui attirent tellement les insectes nécrophages.

Et c’est comme ça que, un jour, on met au point, en première mondiale, une technique d’analyse des odeurs cadavériques.

1. Ce qui est neuf La chercheuse de Gembloux et l’équipe du professeur liégeois Jean-François Focant ont établi deux choses : l’identification de plus de 800 composés chimiques olfactifs volatils dégagés par un corps en décomposition (on partait d’une centaine de molécules et le FBI travaille lui-même sur une base de données de 400 molécules) et l’utilisation des techniques de chromatographie permettant cette identification précise.

2. Pour quoi faire? Ces découvertes ouvrent des perspectives intéressantes pour la recherche de corps. Cadavres enfouis, personnes disparues, etc. C’est le job de la DVI, l’unité d’identification des victimes de la police fédérale : le «necrosearch». «Grâce à cette technique, on pourrait retrouver un corps plus vite et le rendre plus rapidement à la famille », confirme Tatiana Ivaneanu, commissaire et chef de service à la DVI. «On utilise déjà certaines techniques scientifiques, bien sûr. Mais elles ont leurs limites. Aucun outil ne permet de détecter les molécules olfactives qui se dégagent d’un corps en décomposition. Si on peut les détecter, ça permettra d’améliorer nos méthodes de recherches. Et d’adapter la formation des chiens pisteurs», développe Tatiana Ivaneanu.

3. Quand? Le produit de ces recherches est-il déjà utilisable? «Oui, si on achète… une remorque : l’outil de chromatographie opérationnel au laboratoire de Liège pèse 600 kilos», explique le professeur Jean-François Focant. Les tubes qui permettent de piéger les molécules sont par contre facilement transportables. Mais le processus de chromatographie qui les sépare, les pèse, les décompose et qui permet de les identifier une par une, même si elles se planquent, n’est pas encore transportable dans un sac à dos.