Politique

Des militaires dans les rues : « une solution de facilité »

Des militaires dans les rues : « une solution de facilité »

Assistera-t-on bientôt à cela, comme c’est le cas parfois en France ? C’est loin d’être gagné.

Associated Press/Reporters

Suite aux derniers événements survenus ces derniers jours à Bruxelles, l’idée de mettre en place un plan Vigipirate chez nous refait surface. Mais certains militaires regrettent cette précipitation.

Lorsqu’une agression survient dans le métro bruxellois, qu’un déséquilibré attaque des policiers ou qu’un truand tire sur la foule à Liège, l’idée qui revient à chaque fois dans la bouche de certains politiques, libéraux surtout, c’est de faire appel à l’armée pour ramener l’ordre dans les rues du pays. Des militaires priés de remplacer au pied levé les policiers qui surveillent les ambassades, les bâtiments officiels ou occupent d’autres tâches qui pourraient échoir à d’autres.

Si la solution peut paraître à première vue séduisante, elle est balayée du revers de la main par les militaires qui ne voient dans cette manœuvre rien d’autre qu’une « solution d’urgence et de facilité» peu applicable concrètement.

250 policiers immédiatement

À en croire Vincent De Wolf, député-bourgmestre d’Etterbeek, mettre en place un plan Vigipirate comme cela se fait en France permettrait de «dégager immédiatement 250 policiers». Soit, la moitié des 500 hommes en bleu qui «assurent la sécurité de l’OTAN, de l’aéroport et des deux palais royaux» actuellement.

«À chaque fois qu’il survient quelque chose d’exceptionnel, les militaires sont les premiers visés dans les solutions immédiates proposées, réagit Patrick Descy, délégué CGSP défense. Mais le personnel de la défense n’est pas formé pour ce type de missions. Il s’agit d’une solution de facilité. le métier de militaire n’est pas aussi simple. On ne peut pas décréter que les chasseurs ardennais, les forces spéciales de la task force ou d’autres vont exécuter ses tâches.»

Une situation différente en France

En France, pourtant, cela se fait. «On n’est pas dans la configuration de la France, répond le syndicaliste, où les gendarmes font partie de l’armée et sont formés aux missions Vigipirate. Qu’on renforce le corps de policiers avec des militaires, d’accord. Mais qu’on les forme pour ces missions. je ne peux pas avaliser des réactions émotionnelles. »

Pour le militaire, l’idée de faire appel à la défense pour remplir des missions de police revient «toujours en urgence car on n’a pas pris les mesures promises». Et l’homme de citer l’exemple de la fusillade de Liègeou rien n’a été fait pour renforcer la sécurité.

Une mésentente sur la prise en charge des coûts

Patrick Descy ne se dit pourtant pas opposé à ce qu’on remplace les policiers en poste devant les bâtiments officiels par des soldats. Sauf que responsables de la police et de la défense n’ont jamais réussi à s’entendre sur la question de la prise en charge de ces hommes. La police ne veut pas payer, la défense non plus.

Par le passé, des missions de reclassement des militaires les plus âgés dans le civil ont pourtant été proposées. « Sur une centaine de militaires partis, 70 % sont revenus. Ce n’était pas vraiment ce à quoi ils s’attendaient. Ce n’est «pas si mal» que ça à l’armée. La mobilité externe n’est pas un grand succès

Syndicats divisés

Reste que cet avis de la CGSP n’est pas partagé par l’ensemble des syndicats. Le Syndicat libre de la Fonction publique (SLFP) s’est dit favorable à la proposition de Vincent De Wolf.

«Les Forces armées ont le devoir d’assister à la protection des intérêts nationaux, qu’ils soient de nature économique, politique, sociale ou sécuritaire. La proposition de Vincent De Wolf est réaliste et tout à fait faisable», a déclaré le président du SLFP-Défense (libéral), Erwin De Staelen.

Le syndicaliste a cependant souligné qu’un tel engagement – qui s’est déjà produit dans des périodes troublées, comme les grèves du début des années 60 ou lors de la vague d’attentats des Cellules communistes combattantes (CCC) en 1984-1985 – devait être entouré de précautions. La question du port de l’uniforme se pose donc, ainsi que celle de la délimitation des compétences, a noté M. De Staelen.

Nos dernières videos