JUSTICE

Procès Jratlou : l’audition tant attendue de Wasir

Procès Jratlou : l’audition tant attendue de Wasir

La mère de Wasir, choquée par la dureté de l’interrogatoire imposé à son fils, est sortie de la salle d’audience.

BELGA

Lorsqu’il a été entendu, Wasir semblait réciter un discours appris par cœur. Malaise ou vraie manœuvre pour cacher un secret?

À part ceux qui s’y trouvaient, difficile pour les autres de savoir exactement ce qu’il s’est passé dans la petite maison de la Rangée Dumez au Bizet la nuit du 25 au 26 octobre 2009. Autant dire que les déclarations de Wasir, seul à la maison avec son père et Younes, intéressaient particulièrement la cour d’assises du Hainaut. Traumatisé par la perte de son frère et l’inculpation de son père, les pédopsychiatres ont cependant déconseillé au tribunal de réentendre le jeune garçon. C’est donc au travers des vidéos de ses deux auditions que le jury a dû se forger un avis. Un moment très attendu par la maman de Wasir, mais aussi par les avocats, qui n’avaient jamais vu ces images; les auditions étant simplement retranscrites intégralement au dossier.

En tout, Wasir a «subi» deux interrogatoires. L’un quelques jours après la disparition de Younes (27 octobre 2009) et l’autre la veille de l’inculpation de ses parents (8 novembre 2010). Et le terme subir n’est pas exagéré, surtout pour la seconde audition où, durant plus de deux heures, ce petit garçon de 9 ans est pratiquement considéré comme suspect. «Si tu as fait quelque chose de mal, ou ton papa, ou ta maman, il faut le dire!» L’examinateur, persuadé que Wasir cache quelque chose, le pousse à bout pour qu’il craque. Mais cela n’arrivera pas. «J’ai dit la vérité. Je ne sais pas ce qu’il s’est passé avec mon frère, ni qui l’a pris. C’est mon père qui le sait, c’est ma mère qui le sait!», a d’ailleurs déclaré le frère de Younes légitimement exaspéré.

Des éléments troublants

Si le procédé est critiquable, certains éléments troublants émaillent le discours de Wasir.

Lorsque les enquêteurs lui demandent de se présenter afin de le mettre à l’aise, Wasir commence immédiatement à parler de la nuit des faits. Il semble alors «déballer» un discours appris par cœur. D’ailleurs, lorsqu’on lui pose des questions plus précises, le frère de Younes est nettement moins prolixe. Il regarde ses pieds et ne parvient pas à répondre ou ne se souvient pas. Wasir modifie plusieurs fois sa version des faits. Ainsi, lors de sa première audition, il déclare que sa mère est sortie, suivie de Younes et enfin de son père. Une déclaration remaniée un an plus tard. Là, son petit frère est sorti après son papa. Il raconte également, que Younes est parti de la maison quand il dormait dans le fauteuil ou qu’il a été enlevé par un homme en camionnette blanche, qui lui aurait offert des bonbons. Une scène qu’il avouera avoir vue à la télé! Malgré le fait qu’il déclare que ni son père, ni sa mère n’auraient pu faire de mal à son frère, Wasir explique que Younes a tenté de séparer ses parents (ce que ces derniers nient fermement) et que son père le frappait quelque fois. «Mon frère, il reçoit des coups parfois, un petit peu.» Et lorsque la policière lui demande quoi comme coups, il répond en montrant sa joue : «des coups comme ça… comme il avait» (les légistes ont confirmé que Younes présentait des lésions à la joue, suite à un coup-de-poing).

Confusions d’un enfant perdu ou manœuvre pour conserver en lui un lourd secret? Impossible de le dire!