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Thermomètre des Belges : à qui profite l’analyse anxiogène des enquêtes ?

Thermomètre des Belges : à qui profite l’analyse anxiogène des enquêtes ?

Jean-Pascal Labille de Solidaris

Thierry du Bois

C’est une enquête interpellante. A plus d’un titre. Solidaris (ex-Mutualité Socialiste), Le Soir et la RTBF ont sorti leur premier «thermomètre des Belges». Mille personnes ont été interrogées sur leur bien-être. L’opération est appelée à se répéter. Mais ce sondage pose question. D’un point de vue politique. D’un point de vue journalistique.

Les réflexions que vous lirez ici seront évidemment jugées comme suspectes. Le Soir et la RTBF étant parties prenantes dans cette enquête, toute critique émanant d’un autre média pourrait apparaître comme «partisane». Mais franchement, il y a débat.

Ma foi, réaliser une enquête sur le mal-être des Belges, pourquoi pas? Mais par qui a été réellement commandée cette enquête? Présentée sous le label commun Solidaris/RTBF/Le Soir, on peut imaginer que les trois partenaires sont impliqués dans le processus de l’enquête.

Dans «Le Soir» de ce matin, Jean-Pascal Labille, patron de Solidaris, est clairement identifié comme l’initiateur de l’enquête par la question posée par «Le Soir». «Pourquoi cette étude sur le mal-être des Belges ?» lui demande-t-on. Solidaris est donc à la barre. Et le confirme sur son site internet.

Solidaris n’est pas neutre

Premier problème. « Solidaris» n’est pas un commanditaire comme les autres. Politiquement, il est très marqué. Son ancien nom, «La Mutualité Socialiste» était plus explicite. De plus, Solidaris œuvre dans un contexte concurrentiel où il doit faire sa place parmi les autres mutuelles. Qui dit que cette enquête n’est pas que le maillon d’une campagne de communication plus large?

Bref, ce commanditaire-là, n’est pas neutre. Et voir les marques de deux médias d’information accoller leurs noms à cette enquête est franchement curieux. En termes d’indépendance, c’est délicat. Par exemple, quelle place pour une analyse critique du rôle des mutualités dans le «mal-être» des Belges ?

Une initiative orientée ?

N’oublions pas le volet politique. Ce matin, sur La Première, Jean-Pascal Labille, le secrétaire général des mutualités socialistes était interrogé. Son discours a franchement viré politique, Jean-Pascal Labille expliquant ses relations amicales avec Jean-Claude Marcourt et Thierry Bodson.

La personnalité de Jean-Pascal Labille n’est pas anodine. D’obédience PS, l’homme occupe 58 mandats, fonctions et professions. Sa position est stratégique et donc, toute initiative lancée de son côté s’intègre dans un tout, dans une approche globale orientée de la société…

La Belgique est mal

Autre questionnement, le côté anxiogène que prend cette enquête. Exemple, ce matin, sur les ondes de la RTBF, on apprend que le moral des Belges «n’a jamais été aussi bas». Formulation malheureuse. Sur quoi se base-t-on? C’est le premier thermomètre, il ne peut être que comparé à d’autres enquêtes qui ne respectent pas la même méthodologie. C’est dangereux.

Au bout du compte, cette enquête ne fait-elle pas que renforcer certaines choses qu’elles dénoncent? Lorsque Jean-Pascal Labille dit, dans Le Soir, «Beaucoup de généralistes se retrouvent démunis face à une société de plus en plus anxiogène», on ne peut qu’acquiescer. Ce matin, en écoutant la radio il y avait de quoi se jeter par la fenêtre.

Des réponses sur le site de Solidaris...

Que l’on ausculte le mal-être des Belges, qu’on essaye d’isoler les racines du mal pour s’y attaquer, pas de problèmes. Ce qui interpelle, ici, c’est le traitement médiatique d’une enquête commandée par un partenaire dont la place dans la société n’est pas neutre. Il ne s’agit pas non plus de remettre en question la qualité du travail de l’institut de sondage.

En fait, il faut se poser la question de savoir pourquoi Solidaris a commandé cette enquête, quel est son but ultime, quelle est la toile de fond politique et économique de l’initiative? En décryptant l’actualité dans les jours qui viennent, les réponses ne manqueront pas de tomber…

Sur le choix des deux médias c’est clair, Solidaris le dit sur son site : «Afin d’assurer le meilleur écho à cette enquête, la Mutualité Socialiste-Solidaris s’est associée à deux médias : Le Soir et La RTBF. Retrouvez de larges échos à cette enquête dans les pages du Soir dès demain, et sur la RTBF dès aujourd’hui» Ok, c’est donc de l’utilisation de médias à but promotionnel…