Les plantes résistent toujours mieux

L’utilisation excessive des herbicides rend de plus en plus de plantes résistantes. La situation s’aggrave.

Tyler Olson – Fotolia

En Belgique, la moitié des « mauvaises herbes » sont résistantes aux herbicides. Et la situation s’aggrave partout dans le monde.

De l’agriculteur dans son champ au jardinier du dimanche dans son jardin, en passant par le chercheur en botanique dans son laboratoire, la nouvelle n’étonnera personne : les plantes résistent aux herbicides.

Oui mais : les derniers résultats mis en ligne par le réseau international de surveillance de résistance aux herbicides () sont interpellants et montrent que les choses s’aggravent.

Ce réseau qui rassemble des industriels (dont Monsanto) et des universités du monde entier a répertorié 208 espèces (pour 384 biotypes) de plantes adventices (communément appelées mauvaises herbes car indésirables dans les cultures) aujourd’hui résistantes aux herbicides.

Il n’y en avait aucune avant 1950, à peine 10 en 1975, année charnière où tout a dérapé…

« Ce sont des données qui m’ont interpellé, dit Éric Haubruge, docteur en sciences agronomiques et vice-recteur de Gembloux Agro bio tech. Cela montre que la situation ne s’améliore pas et ce sont des indicateurs qu’on ne peut négliger. »

D’autant plus que la Belgique présente un tableau plutôt noir : 18 plantes adventices sont résistantes aux produits chimiques chez nous. « C’est plus de 50 % des plantes adventices en Belgique », note Éric Haubruge.

C’est moins que les USA (140), la France (33) ou l’Italie (26), mais bien plus que le Danemark (3) ou l’Autriche (2) par exemple.

Même si les activités agricoles sont variables selon les pays, le fait qu’en Europe les pays scandinaves soient les moins touchés par cette résistance des plantes tient à une autre donnée : dans ces pays, les techniques culturales ont été tournées vers le bio beaucoup plus tôt qu’ailleurs.

Plus beaucoup d’alternatives

Le fait que les fabricants d’herbicides eux-mêmes s’inquiètent de cette résistance est probablement un indicateur que la situation est sérieuse. Augmenter les doses – donc vendre plus – devient inutile.

« Il y a une faible diversité de molécules dans les herbicides et les plantes – comme les insectes pour les pesticides d’ailleurs – s’y sont habituées. Si bien qu’aujourd’hui, il n’y a plus beaucoup d’alternatives… »

Méthodes biologiques ou à tout le moins plus respectueuses de l’environnement et travail mécanique de nettoyage dans les cultures font partie d’une solution qui n’est pas unique.

« Et puis, il faut aussi que l’on accepte que les grandes cultures supportent les “mauvaises herbes”, même si cela peut obliger à revoir la manière de concevoir les récoltes. »

À défaut, face à ces « mauvaises herbes » qui seront toujours plus résistantes et au développement toujours plus rapide du fait du changement climatique, l’homme risque de perdre complètement la maîtrise des cultures qui le nourrissent…