Obliger l’intégration : ça nous coûterait cher

Le président du centre pour l’égalité des chances, Édouard Delruelle, est résolument pour un parcours d’intégration obligatoire. Ah bon ? « Oui. On dit aujourd’hui que les migrants n’ont que des droits et qu’ils ne partagent pas nos valeurs. Ceux qui le disent ne sont pas tous racistes pour autant. Donc il faut un processus clair avec des règles et des valeurs. »

Pour le philosophe, cette obligation de parcours d’intégration se justifie pour deux raisons. Par souci de clarté, d’une part. Pour que le pays d’accueil, la Belgique donc, soit et se sente impliquée. L’intégration est un processus réciproque. Le migrant est accueilli, donc guidé.

Édouard Delruelle plaide pour qu’une charte des valeurs communes et non négociables des Belges soit écrite et envoyée à tous, les Belges comme les migrants. Il plaide depuis des années en ce sens. mais il fait remarquer que les politiques n’ont pas pu se mettre d’accord, pour l’heure, sur le libellé de ces valeurs. « Cela prouve bien que ce trouble sur l’immigration est aussi révélateur d’un trouble sur nos propres valeurs ».

Le président du centre pour l’égalité met par ailleurs en garde. Car pour le moment, dit-il, on confond tout. « Tout d’abord, pour moi, ce parcours d’intégration s’adresse à tous les primo-arrivants mais pas aux Belges issus de l’immigration de 2e ou 3e génération. Ensuite, je suis contre les sanctions administratives ou financières. »

Des parcours d’intégration existent déjà en Wallonie ou à Bruxelles. Mais ils sont gérés par des ASBL « qui font très bien leur travail », souligne Édouard Delruelle. Mais les moyens de ces ASBL sont limités pour le moment. Si le parcours d’intégration devait être imposé, il faudrait aussi dégager des moyens financiers pour le mettre en œuvre.

Et cela explique aussi la frilosité des politiques, particulièrement en cette période de disette. « Les gens se disent tous pour le principe. Mais il faut alors qu’ils acceptent que cela va coûter de l’argent public », pose Édouard Delruelle.

Le lier à l’acquisition de la nationalité belge

Car ce parcours devra être systématique (tous les migrants, y compris les fortunés ou européens) mais personnalisé. Un migrant réfugié de 30 ans qui arrive avec sa famille n’a pas les mêmes besoins qu’une personne de 70 ans qui arrive par le biais d’un regroupement familial.

Comment rendre obligatoire sans sanction ? Le directeur du centre pour l’égalité des chances plaide pour un système positif, une sanction formelle ou induite. Par exemple, lier l’acquisition de la nationalité Belge au fait de suivre ce parcours. Ou remettre une attestation au migrant que l’employeur potentiel pourrait consulter ou exiger.