Une parole qui ne bêtifie pas et ne prend pas l’enfant pour un adulte, un exercice délicat que nous explique Claude Halmos.

Dis pourquoi ma petite sœur me frappe tout le temps ? Pourquoi j’ai peur que mamie meure ? Pourquoi c’est si difficile de dire à mon amoureuse que je ne l’aime plus ? Pourquoi parfois j’aime mes parents, parfois je les déteste ? … Les questions d’enfants comme celles auxquelles la psychanalyste Vanessa Greindl répond régulièrement dans notre rubrique « La question psy » (lire ci-contre) ne manquent pas. La psychanalyste française Claude Halmos en a fait son pain quotidien. C’est elle qui a initié le courrier des enfants dans le magazine français Psychologies. « J’avais envie de faire entendre la complexité du questionnement des enfants, son intérêt et montrer aux parents qu’on peut leur répondre. »

Dans son dernier livre, Claude Halmos explique pourquoi il est si difficile de parler vraiment à un enfant : « toute la difficulté, c’est de lui parler comme à une personne capable de comprendre, de le considérer comme un interlocuteur valable, sans pour autant le prendre et surtout lui permettre de se prendre pour un adulte. Un défi propre à notre époque où l’on considère l’enfant comme une personne à part entière . » Là où ça coince, c’est qu’à force de s’entendre dire tout et son contraire sur la manière d’éduquer son enfant, beaucoup de parents sont désorientés. « Tous ces conseils psys sont inhibants pour les parents. Il n’y a pas de mode d’emploi. On parle à son enfant comme on peut, comme on le sent comme ça nous vient. Plus on lui parle, plus on apprend à lui parler. Il faut dédramatiser cette parole. Si on dit quelque chose de pas bien ou si on ne dit pas tout, ce n’est pas une catastrophe. Les parents aussi ont le droit de se tromper. Si l’enfant n’a pas compris ou si on lui a fait de la peine, il va nous le dire et on va pouvoir rectifier. »

Pour Claude Halmos, il y a très peu de mauvais parents mais beaucoup de parents mal informés. « Quand il y a des vides éducatifs comme le manque d’autorité, c’est souvent parce que les parents n’ont pas été assez informés de la nécessité absolue de poser des limites et des conséquences si on ne les impose pas à l’enfant . » Poser des limites, c’est aussi dire à l’enfant qu’il a une place bien à lui et doit y rester. « L’enfant a tendance à vouloir occuper toutes les places dans la famille. Il croit qu’il peut porter les grosses valises, prendre la place de papa ou maman, consoler son parent qui a perdu son boulot… Il faut lui rappeler qu’il ne peut pas tout faire. Si sa maman est triste, elle trouvera des amis, des proches pour la consoler. »

Parler à hauteur d’enfant, cela ne signifie pas être à sa seule disposition 24 h sur 24. « On peut très bien lui parler en épluchant les pommes de terre, dans la voiture sur le chemin de l’école. Être à l’écoute, c’est juste être attentionné, instaurer une relation de confiance. » Il y a des questions qu’on ne peut pas éluder, ce sont celles qui concernent la personne de l’enfant (sa conception, sa naissance, sa filiation, l’histoire des deux lignées dont il est issu), ce qui arrive à ses proches (maladies graves, décès, perte in utero d’un frère ou d’une sœur), les changements qui vont modifier son quotidien (arrivée d’un nouvel enfant, divorce…). Il a également besoin de connaître le fonctionnement du monde (différence des sexes, conception des enfants, grossesse, accouchement…) et de ce qui l’entoure (saisons, nature, phénomènes climatiques…), les lois du monde, les interdits… Si certains sujets mettent mal à l’aise, il ne faut pas hésiter à faire appel à un proche, un médecin.

Dans son livre, Claude Halmos répond à une soixantaine de questions, tantôt légères tantôt graves. Ses réponses pleines de respect et de tact sont une belle source d’inspiration. Elles réveillent parfois des sentiments enfouis : « On a tous des îlots d’enfance qui sont restés en souffrance même si on a eu une enfance à peu près convenable. Parler à son enfant, c’est parfois aussi se reconnecter à une question qu’on avait à son âge et à laquelle on n’a pas répondu. Cela répare quelque chose pour soi-même aussi . »

« Dis-moi pourquoi », Claude Halmos, Fayard.

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