« Une double lecture absolument sublime »

« Ce texte est une résolution qui n’a aucune force normative », souligne Christian Behrendt.

Une charte pour la Flandre, quel est le mal ? Si le parti indépendantiste de Bart De Wever n’était pas à plus de 40 %, il n’y en aurait aucun. La Flandre pourrait même s’offrir une constitution. Il faudrait modifier la Constitution belge qui l’interdit pour le moment, mais pourquoi pas.

Dans de nombreux États fédérés (les États-Unis, la Suisse, l’Allemagne), les entités ont des constitutions propres. « Je ne suis donc pas opposé à l’introduction d’une Constitution pour les Communautés, affirme d’emblée le constitutionnaliste de l’ULg, Christian Behrendt, pourtant fédéraliste convaincu. Mais la Belgique n’est pas un État comme un autre. Nous vivons face à la tendance centrifuge très forte de la Communauté flamande ».

Ce document est-il le doigt dans l’engrenage, le pied dans la porte de l’indépendance flamande ? « Ce texte est une résolution qui n’a aucune force juridique ou normative. Les résolutions sont fréquentes dans les parlements. Donc non. Mais quand on lit le préambule, il se prête à une double lecture que je qualifie d’absolument sublime. »

Et Christian Behrendt de relever les paradoxes étalés en toutes les lettres. On lit ainsi que « cette charte est le cadre actuel » mais (plus loin) « le cadre est en cours d’évolution ». La charte dit respecter « le cadre actuel de la Belgique » mais (plus loin) parle « de l’indépendance de la Flandre ».

« Il y a donc à boire et à manger dans ce texte. Cette ambivalence n’a pas pu échapper aux rédacteurs du texte. Pour le reste du document, il est de bonne qualité rédactionnelle et il ne comporte rien d’extravagant. La reconnaissance de la primauté de la Belgique y est. » Et le constitutionnaliste de conclure : « La force de la Belgique est d’être un pays de paradoxes. C’est aussi sa faille ».

En d’autres mots, si la Belgique était un pays normal, cette charte flamande serait d’une banalité totale. Mais la Belgique, et les francophones, sont entrés (à raison) dans l’ère du soupçon d’une explosion programmée.

C.Ern.