TENNIS DE TABLE

En route vers les JO de Londres 2012: un entraînement avec Jean-Michel Saive

À 42 ans, Jean-Michel Saive se prépare pour ses septièmes Jeux Olympiques. Nous avons suivi le pongiste liégeois lors d’un entraînement. Interview et reportage vidéo sur l’envers du décor.

+ Découvrez l'entraînement du champion dans notre reportage vidéo ci-dessus.
+ Regardez aussi en bas de page ce que contient son sac de sport.

 

Des fauteuils en velours tout droit sortis des eighties en guise de sièges dans le vestiaire. Des panneaux de sponsors qui pendouillent sur des murs couleur vert sapin où germent quelques tags. Et même une chaise suspendue dans un trou du plafond. Bienvenue à la salle de tennis de table de La Garenne, à Charleroi. Un cadre plutôt désuet mais qui convient totalement au désormais ex-joueur de La Villette. «Je ne vais pas parler du vestiaires parce que ce n’est pas le grand luxe, mais c’est pas grave. La salle n’est peut-être pas glamour non plus mais au niveau des conditions d’entraînement, je pense franchement que c’est la meilleure salle en Belgique et peut-être une des meilleures salles de club d’entraînement en Europe. Parce que le plafond y est assez haut et les conditions de jeu sont aussi grandes qu’en match.»

Nous sommes à la mi-mai. De retour après une petite blessure, «Jean-Mi» s’adonne à un «entraînement de reprise» avant d’intensifier sa préparation pour les Jeux. En présence du sélectionneur national Martin Bratanov (voir encadré en bas de page) et après dix minutes de stretching, il retâte de la raquette durant deux petites heures avec son équipier carolo JJ Wang. Dans une ambiance détendue mais sans rien perdre de sa hargne légendaire: quand il ne lâche pas ses «Tcho» de victoire, Saive peste sur la balle ou sur la table qu’il essuie méticuleusement.

Jean-Michel, Martin Bratanov nous disait qu’on vous surnomme « Le guerrier » sur le circuit et on peut voir que même à l’entraînement, vous faites vos fameux cris de guerre après certains points. C’est une habitude chez vous ?

Oui et heureusement que c’est toujours là, ça veut dire qu’il y a toujours du plaisir. Je m’amuse toujours autant. Et quand je fais des beaux points, ça me motive. Et je sors donc toujours ce petit cri qui est ma marque de fabrique.

Après quelque trente années d’entraînement à la table, qu’est-ce que cela vous apporte encore ? Y a-t-il encore des techniques à apprendre ou des améliorations à apporter à votre jeu ?

Oui parce que le jeu a évolué. Tactiquement déjà. Avant, par exemple, personne ne démarrait au-dessus de la table avec son revers et maintenant certains font des "top spin" du revers directement sur des services. Et puis, vu que cela fait près de 30 ans que je suis sur le circuit, mon jeu a eu le temps d’être analysé. Donc maintenant, mes adversaires connaissent tellement bien mon jeu que presque tous mes matches se font sur mes points faibles. Du coup, moi aussi j’ai dû changer mon jeu.
Il y a également les règles qui ont changé: les changements de service tous les deux points alors qu’avant c’était cinq, les sets qui sont passés de 21 à 11 points, etc. Donc il faut s’adapter à plein de nouveaux petits règlements qui sont moins frappants de l’extérieur mais qui à la table changent pas mal de choses.

Les étirements, c’est important en tennis de table ? Vous prenez toujours dix minutes pour vous préparer ?

Oui. Arrivé à une certaine maturité, pour ne pas dire l’âge (sourire), c’est vrai que l’échauffement a encore plus d’importance que par le passé. Pour ne pas se blesser, c’est important de bien s’échauffer.

Quelles blessures sont fréquentes ? Un claquage, ça peut arriver ?

Ça m’est arrivé une fois, au mollet, il y a quelques années. Sinon, les blessures les plus récurrentes, ça pourrait être une entorse ou des contractures dues à la surcharge d’entraînement ou de compétition. Ce sont surtout le genou et le dos qui trinquent. Mais comme ce n’est pas un sport de contact, il n’y a heureusement pas de graves blessures.

Au niveau des exercices, vous avez commencé par travailler votre coup droit puis le revers avant d’alterner les deux. Ça se passe toujours ainsi ou bien vous changez fréquemment ?

Ici, on a d’abord fait des exercices de régularité. Dans la première partie, j’ai fait deux revers, deux coups droits. Et puis j’ai enchaîné avec un «quatre points»: un revers, un coup droit du milieu, un revers et enfin un coup droit plein. Après ces exercices, j’enchaîne avec du jeu libre. Dans le cadre d’un entraînement de reprise comme ici, cela se passe souvent ainsi: d’abord l’accent sur la régularité, pour sentir un peu la balle et se remettre dans le bain en quelques sortes ; puis irrégulier en 2e partie d’entraînement.

Quel est l’exercice que vous préférez ?

J’aime bien la régularité parce que ça donne une bonne base de fond de jeu. Mais en match, ce n’est jamais du régulier, toutes les balles sont différentes. Donc je pense qu’il faut des exercices réguliers au départ pour avoir un fond de jeu solide et puis le vrai ping étant l’irrégularité, il faut aussi travailler cet aspect. Enfin, que j’ai de bonnes sensations ou que je sois fatigué, j’aime bien terminer par un match pour me sentir en situation de compétition.

Au bout de deux heures d’entraînement, comment est-ce qu’on se sent ?

Bien. Ça faisait quelques jours que je n’avais plus joué et les sensations sont meilleures que prévues. Et puis face à un joueur expérimenté comme Jin Jun, ce n’était pas évident. Je suis plutôt satisfait.

Pour ce qui est de la préparation spécifique aux JO, comment vous y prenez-vous ? Qu’est-ce qui change par rapport à cet entraînement ?

Ma préparation pour les Jeux débute le 27 mai après une semaine de vacances au soleil. Je commence par une semaine de physique : beaucoup courir et de la musculation. Et puis dix jours d’entraînement avec un sparring-partner avant l’Open du Brésil et du Maroc. Après quelques jours de repos, j’enchaîne avec un stage en Belgique et quelques jours à l’INSEP (L'Institut National du Sport, de l'Expertise et de la Performance) à Paris et encore quelques jours avec l’équipe nationale allemande, en Allemagne. Le départ pour Londres est prévu vers le 24-25 juillet.

Vos objectifs là-bas ? Vous pensez qu’une médaille est accessible ?

Bah, une médaille, j’en aurai une: celle de participation, en tout cas si je fais le premier point. Sinon, je ne parle jamais en termes de médaille. Les Jeux, c’est une compétition à part. J’avais trois objectif. Le premier est atteint, c’était de me qualifier. Le deuxième, c’est en ce moment, à savoir effectuer une bonne préparation. Et le troisième, c’est de jouer le mieux possible là-bas et d’essayer de faire un beau parcours. C’est la première fois qu’il n’y aura que deux joueurs par pays, la pression va donc être énorme sur les deux Chinois. Et derrière, ça dépendra de la forme du moment, du tableau… Moi, je vais essayer d’être le mieux préparé possible pour faire quelque chose là-bas.

Vous avez bientôt 43 ans. Ce sont vos 7es Jeux… 2016, ce n’est pas si loin et Rio, c’est une belle ville, non ?

Ça peut aller vite. Il y a quatre ans, quand j’étais à la cérémonie de clôture à Pékin, jamais je n’aurais cru me qualifier pour les Jeux. Maintenant, on va d’abord se focaliser sur les Jeux de Londres, essayer de bien jouer là-bas et puis on verra. 2016, c’est à la fois très proche et très loin.

 

L'affaire est dans le sac

Que cache un pongiste dans son sac ? La réponse en vidéo :

Bratanov: "Un professionnel à 100%"

Martin Bratanov est le sélectionneur de l'équipe nationale de ping. Il assistait à cet entrainement de Jean-Michel Saive. Nous en avons profité pour lui poser quelques questions.

Martin Bratanov, vous êtes le sélectionneur de l’équipe nationale. Vous assistez souvent aux entraînement de Jean-Michel Saive ?

Oui, cela fait quatre ans déjà. C’est lui qui fait sa propre organisation quant au nombre d’entraînements et leur intensité et moi j’essaie de l’aider pour tout ce qui a trait à la table.

Qu’est-ce qui fait sa force ?

Je pense qu’on la connaît tous: il a un mental d’acier ! Les joueurs internationaux n’aiment pas jouer contre Jean-Mi parce qu’ils savent qu’il ne va jamais lâcher un point, qu’il va se battre jusqu’au bout et c’est pour ça qu’on l’appelle «Le grand guerrier» sur le circuit international. Et dans sa préparation, c’est un professionnel à 100%. Il l’a toujours été. C’est quelqu’un qui aime le jeu, qui aime son sport.

Vous-même vous avez joué jusqu’à 37-38 ans, vous êtes envieux en le voyant toujours au top à 42 ans ?

Il n’y a pas de miracle. Quand on voit comment il enchaîne les matches, c’est à force de travail. Avec une hygiène de vie irréprochable. Il n’y a rien par hasard. 

+ Prolongez l'info et retrouvez l'interview complète de Jean-Michel Saive dans le supplément Deuzio de L'Avenir de ce samedi 23 juin 2012.