Histoire

« Napoléon était un homme de gauche »

Napoleon I Napoleon Bonaparte 1769 - 1821 French Emperor General During The French Revolution From The Book Harmsworth History Of The World Published 1909 Reporters / Design Pix Reporters / Design Pics

Jean Tulard, c’est « le » spécialiste de Napoléon. Et dans son « Dictionnaire amoureux », il se fait avant tout plaisir !

« On n’en finit jamais avec Napoléon ! » Ce constat, c’est un connaisseur qui le fait. Jean Tulard est, en effet, depuis la fin des années 60 et le renouveau de l’histoire de l’Empire et de Napoléon en France, le spécialiste du sujet, entre autres à la Sorbonne. Et le nombre d’ouvrages savants qu’il a pu écrire sur l’Empire est impressionnant. Mais cette fois, le désormais « retraité très actif » se fait plaisir. Dans Dictionnaire amoureux de Napoléon, il l’avoue « je me lâche ». « Dans cet ouvrage, je respecte naturellement la vérité historique mais je m’amuse aussi. Il n’y a pas de longues notes en bas de page. Je n’avais même pas l’angoisse de l’erreur ou de la coquille qu’on a toujours dans des ouvrages scientifiques. » Amusant, léger et instructif, ce dictionnaire fait le tour alphabétique de Napoléon mais aussi de toute une époque en quelque 600 pages. De quoi redécouvrir un personnage avec lequel on n’en finit jamais.« C’est incroyable, avec Napoléon, il y a toujours de nouvelles polémiques. Il y a eu celle autour de son empoisonnement. Mais je pense avoir mis fin à cette histoire. Puis on a annoncé que Napoléon serait, en fait, le fils de Marbeuf et donc… Breton. Les tests ADN ont démontré qu’il était bien le fils de Charles Bonaparte. Puis maintenant, il y a l’affaire des Invalides. Ce ne serait pas lui mais son maître d’hôtel, Cipriani qui y serait enterré ! »

D’un œil souriant, un tantinet moqueur, Jean Tulard démonte, à chaque fois, ces nouvelles « découvertes ».

Pourtant, rien ne prédisposait l’homme à devenir un intime de l’empereur. Pas un bonapartiste dans sa famille et l’époque de sa jeunesse – – c’était la guerre « Pétain détestait Napoléon » – ne poussait pas les enseignants à évoquer le personnage. « C’est en classe de troisième que j’ai découvert l’Empire. » C’est sa mère, conservatrice des archives et du musée de la Préfecture de police qui donne le coup final. « Elle m’a suggéré de prendre la création de cette institution par Napoléon comme sujet de thèse… J’ai découvert les hommes de l’ombre, l’histoire administrative et petit à petit je me suis intéressé à tout ce qui touchait l’Empire… » Et le regard qu’il porte après toute cette carrière sur le général Corse est parfois surprenant. « Certains évoquent Napoléon quand on parle d’Hitler. Mais c’est très différent. Il n’y a jamais eu d’idéologie raciste chez Bonaparte. Au contraire, ce qu’il veut, c’est répandre les grands principes de la Révolution française à travers l’Europe. Napoléon était un homme de gauche. »

Mais Jean Tulard c’est aussi le passionné de cinéma et de gastronomie. « Je n’ai jamais été enfermé dans Napoléon. Je ne me suis jamais pris pour lui (rires). J’ai aussi écrit plusieurs livres sur le cinéma, je suis un passionné. Quant à la gastronomie, je fais partie du « Club des Cent » en France. Mais finalement, ça nous ramène encore à Napoléon car, si lui-même mangeait toujours la même chose et très rapidement, c’est sous l’Empire qu’est née la gastronomie. Les tables de Talleyrand et Cambacérès étaient réputées. »

Outre son dictionnaire, Jean Tulard est également le coordinateur d’un ouvrage accompagnant une exposition qui se tient actuellement au musée de la Légion d’Honneur à Paris. « On peut y découvrir la berline de Napoléon qui se trouve habituellement à Malmaison mais n’y est pas visible. Et surtout, le « butin » emporté par les vainqueurs, au soir de la bataille de Waterloo, enfin réuni. »¦

Jean Tulard, » Dictionnaire amoureux de Napoléon », Plon, 595 p., 24 € ; « La Berline de Napoléon, le mystère du butin de Waterloo », Albin Michel, 304 p., 34,50 €.