CINEMA

Un repas de famille qui tourne à l’aigre avec Bruel

Un repas de famille qui tourne à l’aigre avec Bruel

Choisir le prénom de son futur enfant peut conduire une famille entière à un règlement de comptes sans concession.

Vincent est un quadra bien dans sa vie, bien dans sa peau. Un bel épicurien qui va, sur le tard, franchir le cap de la paternité. Naturellement, cet heureux événement nourrit les premières conversations du dîner auquel il est convié chez sa sœur et son beau-frère. Tout va se compliquer lorsqu’il dévoile le prénom de son futur enfant…

Il en est du passage du théâtre au cinéma comme de celui de la littérature au grand écran : inégal. Pour un Dîner de cons ou un Carnages, combien de Tout baigne ! ou de Boudu ? À sa création à Paris en 2010, Le prénomavait été rapidement plébiscité pour atteindre, en plus d’une année d’exploitation au théâtre Édouard VII, plus de 250 représentations. Restait à voir ce que donnerait son adaptation au cinéma. Elle est une bénédiction.

À l’évidence, l’idée était de demeurer dans le sillon tracé sur les planches : le texte, millimétré, est respecté à la lettre. Et les metteurs en scène de la pièce – Mathieu Delaporte et Alexandre de La Patelière – ont eux-mêmes coiffé la casaque du réalisateur. Idem pour les comédiens puisqu’en dehors de Michel Dupuis, absent et relayé avec talent par Charles Berling, ils sont également identiques : il y a là Valérie Benguigui, Guillaume de Tonquédec (le Renaud Lepic de Fais pas ci fais pas ça), Judith El Zein et bien sûr Patrick Bruel, parfait dans un rôle de bobo parisien qui lui va comme un gant mais peu en agacer certains.

Il y a surtout des dialogues savoureux, cyniques voire carrément méchants, inscrits dans une partie de ping-pong familiale réjouissante. Un huis clos en forme de règlement de compte qui chatouille la société française où ça lui fait le plus mal : dans son ego. C’est un peu (beaucoup) du théâtre filmé, mais d’abord une comédie spirituelle et intelligente, excellemment bien écrite et que n’aurait pas reniée le meilleur Jacques Veber ou le couple Bacri-Jaoui.

« Le prénom », comédie de Mathieu Delaporte et Alexandre de La Patelière. Avec Patrick Bruel et Valérie Benguigui. Durée : 1 h 49.