TELEVISION

« Bien manger » : trois plaintes contre le dernier spot de la Fédération Wallonie-Bruxelles

Le spot « Bien manger » de la Fédération Wallonie-Bruxelles fait débat. « Un spot non discriminant mais stigmatisant », relève le Centre pour l’égalité des chances et la lutte contre le racisme (CELCR).

Massuchussets, 1969. Deux hommes pianotent côte à côte sur leur ordinateur. L’un, en surpoids, se nourrit d’aliments très gras. L’autre d’une pomme verte. Ce dernier, voyant la pomme croquée a une illumination et dessine un croquis du logo d’une célèbre marque d’ordinateurs. Et la voix off de déclarer : « Aaah, si Jean-Claude avait mangé plus sainement, il aurait réinventé l’informatique et serait devenu milliardaire.? Et surtout il aurait trouvé une femme ! »

Ce spot, signé de la Direction Santé de la Fédération Wallonie-Bruxelles promouvant une alimentation saine et équilibrée, n’est pas au goût de tout le monde. Pour preuve, trois plaintes le concernant ont déjà été déposées auprès du Centre pour l’égalité des chances et la lutte contre le racisme (CECLR). Une quatrième pourrait bientôt leur parvenir puisque Laurent Nys, administrateur de la Fédération Horeca, a qualifié la séquence de «communication désastreuse» sur son compte Twitter. «Le ton décalé de la publicité ne devrait pas être adopté dans ce genre de spot gouvernemental, qui est diffusé à destination des personnes justement davantage discriminées, a déclaré l’ancien conseiller communal MR. Je suis moi-même un peu en surpoids, et pourtant j’ai une femme, bientôt un enfant et en plus j’ai un travail. J’ai été choqué par ce spot lorsque je l’ai vu à la télévision.»

Contacté par nos soins, Édouard Delruelle, président adjoint du CELCR, se veut circonstancié : « Ce spot semble dire que si un homme est en surpoids, il ne trouvera pas de travail, ni de femme. Mais il n’incite pas directement les employeurs à ne pas engager une personne en surpoids. En première analyse, je dirais donc que ce spot n’est pas illégal sur le plan juridique en ce sens qu’il n’incite pas à la discrimination.»

Un spot stigmatisant

Cela n’empêche pas le président adjoint de trouver le spot stigmatisant. « Par contre, en termes pédagogiques, il n’est peut-être pas très judicieux. Car il établit un lien direct entre manger mal et être en surpoids. Si ces personnes sont trop grosses, c’est parce qu’elles ont fait de mauvais choix de vie, semble-t-il dire. Or, ce n’est pas qu’une question d’alimentation. Certaines n’y sont pour rien. Bref, selon moi, la séquence rate sa cible et je peux comprendre que des téléspectateurs en surpoids se sentent stigmatisés. »

L’équipe de juristes du CECLR doit encore se pencher sur le dossier. Cette analyse doit donc être prise avec la prudence qui s’impose. « Mais selon moi, on se dirige vers une action morale et non juridique. On donnera évidemment l’occasion à la Fédération Wallonie-Bruxelles de s’expliquer, de nous donner son propre éclairage. »