DOSSIER

Que faire des églises wallonnes qui tombent en ruines ? Sujet tabou ?

Église St Basile de Couillet, place Basile Parent.

EDA - Jacques DUCHATEAU

Ce jeudi, L’Avenir publie un dossier consacré aux églises et aux liens qui les unissent aux communes. Et cela sous le titre : « La gestion des églises, calvaire des communes ». Dans ce cadre, nous vous avons proposé des coups de sonde depuis le début de cette semaine. Les commentaires sont tranchés. Parfois violents. Les journalistes qui ont traité ce dossier ont même été injuriés sur notre site. Preuve que ce sujet fâche et que pour certains, il est franchement tabou.

« L’église doit rester au centre du village, c’est le voile de notre identité, c’est le symbole de notre civilisation chrétienne ». Claire, d’emblée, porte le débat au niveau du symbole sur un de nos forums. Ce message porte en lui toute la difficulté du débat.

Le problème, c’est qu’aujourd’hui, la gestion de ce patrimoine devient de plus en plus lourde. De nombreuses églises sont en train de tomber en ruines. Il y a l’âge, bien sûr. Mais il y a surtout la perte de vitesse de la religion catholique. La pratique n’est plus ce qu’elle était. Les églises sont désertées, moins fréquentées. Certaines n’accueillent plus de fidèles.

La gestion de ces bâtiments échoit aux communes qui ont de plus en plus de mal à faire face à cette charge. D’autant qu’elles doivent s’accommoder de décisions prises par les fabriques d’églises. Une situation que voudrait revoir le ministre régional Paul Furlan : « Il faut retirer le pouvoir de décision aux fabriques d’église et leur laisser un droit d’avis. Les communes doivent pouvoir décider ». Paul Furlan plaide aussi pour la fusion des fabriques par commune.

Désacralisation et réaffectation

Au-delà de la gestion du lieu de culte, il y a la préservation d’un patrimoine historique et architectural. Et là, les solutions ne sont pas évidentes à trouver. Dans certains cas, pour sauver les bâtiments, la désacralisation et la revente de l’église semblent les seules pistes possibles. Et là, on touche un nerf sensible.

La contestation est là. Toucher aux églises, pour certains, c’est toucher à l’Église. Cette opposition est forte et freine la prise de décision. Thomas Coomans, professeur à la KUL, ne peut que le constater dans L’Avenir : « C’est la politique de l’autruche. La Wallonie aurait dû anticiper depuis 25 ans. […] il faut que ça bouge ou sinon les édifices vont s’écrouler. Il faut faire admettre par tous qu’un édifice de culte est aussi un patrimoine ».

Le débat est là, mais ne plaît pas tout le monde. Il prend tout de suite des dimensions idéologiques et religieuses. Les athées s’opposent aux chrétiens, les amoureux des vieilles pierres aux chantres de la modernité et les traditionalistes aux révolutionnaires. Compliqué.

Le point de vue de l’Église ?

Interrogé par L’Avenir, Monseigneur Jousten, évêque en charge des églises en Wallonie, ne peut que constater le délabrement de certains bâtiments, mais il refuse les mesures trop radicales. Les fusions de fabriques ? D’accord, mais en douceur, « en respectant les esprits de clochers ».

Sur le chapitre des désacralisations, Monseigneur Jousten se cabre : « Il faut laisser l’église au milieu du village ». Et en faire des espaces culturels ? « Nos églises sont déjà des espaces culturels. Très souvent. On y fait des concerts ».

Reste que l’état de certaines églises fait mal à ceux qui y tiennent… Comme Pol Spineux, gestionnaire de la fabrique de l’église Saint-Basile à Couillet (voir la vidéo ci-dessous). Une église fermée depuis 12 ans. À Catherine Ernens, l’homme se livre entre attachement et amertume, se posant des questions sur le futur du lieu qui sert d’écrin à un orgue rare.

Pol Spineux l’aime son église et la connaît bien ce qu’il amène à conseiller à notre photographe de venir immortaliser l’église dans la matinée : « C’est alors qu’elle est la plus belle ». Mais pour combien de temps ?

Pour en avoir plus, lisez le dossier spécial dans L’Avenir de ce jeudi 29 mars, sur iPad ou en format PDF.