FOrest

Une détention « à la limite de la torture »

Vétusté, maladies, promiscuité, violences…À Forest, les conditions de détention sont inhumaines. Barreau et associations dénoncent.

« La prison est un lieu de privation de liberté. Pas un lieu de privation de toute dignité humaine ».

C’est par ces mots durs que Jean-Pierre Buyle, bâtonnier de l’ordre français du barreau de Bruxelles, a condamné, mardi, la situation actuelle de la prison de Forest. Une situation accentuée par l’action escargot du personnel, qui empêche actuellement les détenus de comparaître en chambre du conseil. « Ce qui pose aussi des questions démocratiques ».

La prison de Forest est en surpopulation. Ce n’est pas nouveau. Elle compte actuellement 739 détenus pour 402 places, selon Delphine Paci, présidente de la section belge de l’Observatoire International des Prisons (OIP).

« C’est une situation très grave, dénonce l’avocate ce mardi. Jusqu’où cette situation va-t-elle continuer ? Quand cette violence étatique, à la limite de la torture, va-t-elle s’arrêter ? »

Reginald de Beco, le président de la Commission de Surveillance de la prison de Forest, abonde… « Nous sommes té moins d’une misère morale qui dépasse l’entendement. Nous avons aussi beaucoup de respect pour le personnel et la direction : leurs conditions de travail sont épouvantables ».

« Ils ne peuvent tirer la chasse eux-mêmes »

Conséquence : les détenus n’en peuvent plus. « Certains prisonniers préfèrent même le cachot à la cellule en trio », déplore Reginald de Beco. Pourtant, le cachot, c’est minuscule et vide. Le matelas y est crasseux, il n’y a pas de meuble et les toilettes sont impossibles à évacuer soi-même. Mais ils redoutent tellement la tension, l’agressivité, l’angoisse de la bagarre en cellule que le choix est parfois évident ».

De plus, certains détenus sont atteints de troubles psychiatriques graves. Et comme l’aile psychiatrique est complète, ils sont placés avec les détenus de droit commun. « C’est inadmissible. Car les agents ne sont pas formés pour ce type de prisonniers, difficilement gérables. Certains mettent le feu à leur matelas car ils croient chasser le diable. D’autres se battent car ils prétendent être sorciers. Mais rien ne bouge… »

Haren n’est pas LA solution

Tout en alertant sur l’urgence de la situation forestoise, barreau de Bruxelles, magistrats, Ligue des Droits de l’Homme, Observatoire international des prisons et commission de surveillance de Forest refusent de considérer le futur méga-complexe carcéral de Haren comme une solution.

« Les études prouvent que l’augmentation des places carcérales ne diminue pas la surpopulation, explique Alexis Deswaef, Président de la Ligue des Droits de l’Homme. Il faut plutôt trouver des alternatives à la prison. »

Hervé Louveaux, président de l’Association syndicale des Magistrats, abonde : « Il faut aussi maintenir des prisons de proximité comme Saint-Gilles et Forest pour que le Palais de Justice reste le lieu de la Justice ».

Et la prison lieu de détention, non de torture…¦