Juliette Gréco avoue : « Je suis infernale ! »

Le Saint-Germain-des-Prés des années 40 et 50, c’est elle ! À 85 ans, Juliette Gréco garde intacte sa force et sa curiosité. Nous l’avons rencontrée à Bruxelles.

Juliette Gréco, c’était quoi Saint-Germain-des-Prés après la guerre ?

C’était une époque incroyable, inimaginable. Tout le monde se côtoyait, les peintres, les écrivains, les musiciens. Il y avait des scientifiques, des philosophes… Et tous étaient d’une incroyable générosité. Moi j’étais jeune et seule au début. Introvertie, silencieuse mais mes oreilles étaient très ouvertes. J’écoutais tout. Sartre et Beauvoir ou Merleau-Ponty, quand je posais une question, ils me répondaient. Je peux dire que j’ai fait mon université au bistrot, avec les plus grands !

Et Boris Vian ?

Boris, c’était mon grand frère. C’est lui qui m’a rendu la parole, m’a redonné le courage de parler. J’ai eu le plus beau, le plus doux et le moins cher des psychiatres.

Aussi doué pour la musique que pour l’écriture ?

Ce n’était pas un très grand instrumentiste. Mais il avait la passion du jazz. Ah, ce n’était pas Miles Davis. Miles, il était surprenant, bouleversant, novateur. Un mec absolument génial.

On a un peu l’impression que tout se passait là…

On travaillait beaucoup. C’était la vie. On était à la recherche de tout, branché sur la découverte, dans tous les domaines. Mais il n’était jamais question d’argent. Nous étions plus que pauvres mais nous étions riches !

Vous avez vraiment travaillé avec les plus grands. Brel entre autres.

J’aime Brel. Nous sommes restés amis depuis le premier jour jusqu’au dernier. Après j’ai appris que plein de femmes avaient couché avec lui. Et bien moi pas ! (rires). On s’est aimé debout, tout est resté pur entre nous. Lui, Brassens, Ferré et tous les autres, j’ai besoin d’eux. Il y a beaucoup de chansons d’eux qui restent, c’est inépuisable.

Cette époque est en vous ?

Elle est toujours en moi. Je suis nourrie de ça, je la transporte avec moi. Il n’y a de mort que l’oubli et c’est la pire des morts. Je suis heureuse de les chanter et de les faire vivre.

Mais vous n’hésitez pas à travailler avec de jeunes auteurs ou même des écrivains comme dans votre dernier album ?

J’ai demandé à des gens que j’aimais de travailler avec moi et ils m’ont répondu avec talent. Pourtant écrire une chanson est un exercice très particulier. C’est comme glisser une pièce de trois ou quatre actes en deux minutes et demie ! Ils ne savaient pas le faire mais ils l’ont fait !

Comment gardez-vous autant de force en vous ?

C’est peut-être la curiosité et ce désir d’apprendre qui ne me quitte pas. C’est extrêmement vivace en moi. Je suis infernale, ça doit être difficile de me suivre !¦