François Schuiten, de la planche de BD aux planches d’opérette

François Schuiten, de la planche de BD aux planches d’opérette

François Schuiten surplombe la scène, du haut de son escalier monumental.

ÉdA – Jacques DUCHATEAU

Le dessinateur François Schuiten a réalisé la scénographie de « L’auberge du cheval blanc ». Un projet qui l’a enthousiasmé.

« Planches d’opérette », l’expression peut paraître dédaigneuse. C’est sans doute dû au peu de crédit dont ce genre « mineur » bénéficie. Mais pour François Schuiten, dessinateur de BD avant tout mais aussi artiste multiple, c’est plutôt une aubaine d’avoir pu s’y investir.

« Cela m’a tout de suite emballé : travailler à un genre que je connaissais mal, mais qui m’a semblé être un genre qui n’est pas surinvesti. Je me suis senti léger, parce que je n’avais pas derrière moi des monstres. Si j’avais dû attaquer un opéra de Mozart ou de Wagner, cela aurait été terrible, je me serais senti tétanisé. Mais ici, il s’agit d’espaces où l’on peut inventer ou réinventer, sortir des clichés. »

Un genre en voie de réhabilitation

Pas question, en effet, d’opéra ici. L’auberge du cheval blanc est une opérette, caractérisée par une musique « légère », de la danse, une fin heureuse… Un genre souvent décrié et considéré comme inférieur à l’opéra, mais qui bénéficie d’une certaine réhabilitation aujourd’hui.

« On est en train de montrer ce que peut devenir l’opérette au XXIe siècle. Aujourd’hui, un peu partout, un nouveau regard est porté sur l’opérette. Ce qui était considéré comme ringard bénéficie d’un intérêt nouveau. Personnellement, cela m’a beaucoup intéressé d’être partie prenante dans ce basculement ».

Car il ne s’agissait certainement pas, pour le trio composé de Dominique Serron (mise en scène), Jean-Pierre Haeck (direction musicale) et François Schuiten (scénographie), de reprendre l’une ou l’autre création de L’auberge du cheval blanc, de rejouer l’opérette telle qu’on la jouait dans les années 1930 et au cours du XXesiècle. « L’opérette est un genre qui a été un peu malmené. Je voulais être en rupture avec une certaine imagerie, un certain nombre de clichés qui tournent autour de cetteAuberge. J’ai voulu nettoyer le sujet, pour laisser surgir les personnages ».Le décor est, il est vrai, épuré, peu chargé, tout en jeux de verticalité et de transparence (lire ci-contre).

Pour prendre part au projet, François Schuiten a dû quelque peu délaisser sa table de dessinateur de bande dessinée… Avec enthousiasme.

« Si je ne faisais que de la BD, je serais sous cloche »

« C’est loin d’être le premier projet collectif auquel je prends part (NDLR : il a pris part à des projets au cinéma, à des spectacles vivants, conçu deux stations de métro, des pavillons d’expositions prestigieuses…). J’aime me mettre au service d’un projet. C’est comme sortir de soi-même, entrer dans une autre problématique. Si je ne faisais que de la bande dessinée, je serais sous cloche. Et puis, le spectacle vivant, c’est très excitant. Beaucoup d’aspects nous échappent dans ce genre d’équation. Tout se réinvente continuellement…Parfois, j’aimerais figer des morceaux de scénographie, qui sont éphémères, mais c’est impossible… »¦

« L’auberge du cheval blanc », R. Benatzky/D. Serron/F. Schuiten/J.-P. Haeck, au Palais des Beaux-Arts de Charleroi les 3, 4 et 6 mars et à l’Opéra Royal de Wallonie à Liège les 16, 17 et 18 mars.