Les Belges n’ont pas la frite, mais ont de nombreuses idées

La première baraque à frites a vu le jour à la Foire de Liège. Mais elle a été inventée par un Allemand.

Jan Van de Vel

La dynamo, le saxo ou la praline ne sont pas les seules inventions belges. La moissonneuse, le web ou les OGM sont aussi nés grâce à des Belges.

La frite est-elle belge ou française ? Depuis des lustres, le débat fait rage. Et pour Yves Vander Cruysen, historien, journaliste et échevin à Waterloo, auteur de Curieuses histoires des inventeurs belges, il faut se rendre à l’évidence : la frite n’est pas belge, mais bien française.

« C’est l’historien et journaliste belge Jo Gérard qui a affirmé dans les années 80, sur base du courrier d’un de ses aïeuls datant de 1781, que les habitants de Namur, Andenne et Dinant avaient pour habitude de frire du menu fretin en bord de Meuse pour améliorer l’ordinaire. Et quand ils n’avaient pas de poisson, il le remplaçait par des pommes de terre, résume l’auteur. Il situait cette pratique un siècle auparavant. Mais c’était tout à fait impossible : d’une part, la pomme de terre n’était pas encore arrivée en Wallonie ; d’autre part, la graisse coûtait trop cher et n’était pas accessible aux petites gens. »

Il faut donc s’en faire une raison : c’est bien en bord de Seine, en 1789, que la frite serait née. « Mais la première baraque à frites a vu le jour à la Foire de Liège, se console Yves Vander Cruysen.Mais elle a été inventée par Frédéric Krieger, un citoyen… allemand ! »

C’est l’une des nombreuses – et curieuses – histoires que l’on peut retrouver dans les 300 et quelques pages que contient l’ouvrage, suite logique d’un premier volume consacré aux aventuriers belges. « Lors de mes recherches, j’ai constaté très vite qu’outre les explorateurs, les entreprises performantes, il y avait des savants, des précurseurs, des créateurs, des innovateurs. »

Pas de femmes

Si on enseigne les plus grands à l’école – on a tous entendu parler de Zénobe Gramme (la dynamo), Adolphe Sax (le saxophone), Ernest Solvay (la soude) ou Jean Neuhaus (pralines) – beaucoup d’inventeurs belges sont malheureusement restés dans l’ombre. Quand ils n’ont pas été tout bonnement « nationalisés » par nos voisins français (la dynamo, le moteur de Lenoir), voire même par les États-Unis. Même si l’auteur y voit une explication historique –« avant la naissance de la Belgique en 1830, les brevets étaient déposés à l’académie de Paris » – on peut s’étonner de cette propension à revendiquer comme sienne les (bonnes) idées des autres…

À la lecture, certains s’étonneront peut-être de ne trouver trace d’aucune femme. Un étonnement partagé par l’auteur. « Et pourtant, j’ai cherché ! Mais cela pourrait changer dans un proche avenir, car parmi les lauréates 2011 du Prix de l’inventeur européen figuraient deux Belges. Anne Lambrechts, qui vient de développer une nouvelle technique de fabrication du béton et Christine Van Broeckhoven, pionnière dans le traitement de l’Alzheimer. »

Et puis, chaque année, 750 demandes de brevets sont déposées auprès de l’OPRI (Office belge de la Propriété intellectuelle). L’an dernier, on a déposé des demandes pour un urinoir mobile ou pour une poubelle de voiture… L’avenir des inventeurs belges est assuré.¦

Yves Vander Cruysen, « Curieuses histoires des inventeurs belges », Jourdan Éditions, 307 p., 22,90 €.