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Après 2015, le lait de mal en pis ?

Après 2015, le lait de mal en pis ?

Certains pays européens vivent déjà sans quotas laitiers. Petit aperçu avec des éleveurs qui témoignent.

Laif/Reporters

En 2015, l’Europe devra se passer des quotas laitiers. Les Wallons s’intéressent aux pays où la libéralisation est déjà activée. Édifiant.

Il y a rarement autant de public en commission du Parlement wallon. Des agriculteurs occupent la totalité des places libres dans la plus grande des salles. Ils viennent écouter des collègues français et suisses, invités en commission de l’Agriculture. On parle de la crise du lait, de la fin des quotas prévue pour 2015 et de la contractualisation producteurs/acheteurs industriels proposée par l’Europe.

La Suisse vit au régime de la libéralisation complète des quotas depuis 2009. « On nous considère un peu comme un laboratoire européen », raconte Nicolas Bezencon (syndicat paysan Uniterre Suisse). Qu’est-ce que ça donne ? Manifestement un désastre. « Que constate-t-on depuis que l’État n’est plus derrière les quotas ? Des arrêts d’exploitation en masse (1 500 par an), des concentrations d’exploitations sous forme de mégafermes, un record battu en terme de stocks de beurre (plus de 10 000 tonnes), des prix qui chutent (moins 20 % de 2008 à 2009), des cartels d’acheteurs et de transformateurs qui dominent tout, des producteurs totalement en dehors du marché, liés par contrat, qui ne peuvent plus gérer les quantités en amont », énumère le Suisse. Certains contrats interdisent même une appartenance à un syndicat…

En France, on suit le chemin de la Suisse. «La contractualisation est en route. On devait renforcer le pouvoir des producteurs face aux industriels. Et c’est le contraire qui s’est passé. On a renforcé le pouvoir des industriels», témoigne Paul de Montvalon, président de l’Office du lait en France et éleveur dans la Loire.

Le nerf de la guerre

Il martèle : « Le marché mondial du lait est un leurre. Le lait reste une production et une consommation régionales, à valoriser en produits frais et fromages à bonne valeur ajoutée. Et pas en exportant de la poudre de lait et du beurre ». Et surtout pas au moment où même les États-Unis remettent en place un système de régulation de la production.

Les députés wallons sont d’accord : puisqu’on ne reviendra probablement pas sur les quotas, il faut un autre système de régulation.

La contractualisation n’est pas à repousser d’emblée, note la Fugea (groupement d’éleveurs et d’agriculteurs). «Mais les coûts de production, c’est le nerf de la guerre. Ils doivent être pris en considération», insiste Frédéric Callemeyn, vice-président de la Fugea. Actuellement, le prix couvre à peine, ou pas du tout, les frais de production.

À la Fédération wallonne de l’Agriculture, on s’inquiète non pas des contrats, mais du fait que la proposition européenne n’organise pas la protection du marché européen. Or, entre autres la Nouvelle Zélande, énorme machine mondiale du lait en poudre, a pris l’habitude d’influencer les prix mondiaux. Façon rouleau compresseur… ¦