RTBF : Bernard Hennebert s’attaque aux marchands du temple

Alors que débute bientôt la négociation de son prochain contrat de gestion, Hennebert charge la RTBF dans un livre. Pour mieux défendre les usagers.

Son nom a dû peupler les cauchemars de quelques directeurs de chaînes ou de musée. Et ce n’est pas fini. Car le temps qui passe n’a aucune prise sur l’obstination de Bernard Hennebert.

Hennebert, c’est un peu le Don Quichotte du monde médiatico-culturel. Sous la bannière de son association – Consoloisirs, il défend le consommateur citoyen depuis de nombreuses années, qu’il soit visiteur de musées ou, dans le dossier qui l’occupe aujourd’hui, téléspectateur.

Service public, où es-tu ?

Un Don Quichotte, Hennebert ? Cela supposerait que les causes qu’il défend sont perdues d’avance. Or, attablé à la table du petit restaurant chinois de Bruxelles où il a ses habitudes, ce sexagénaire le dit sans bomber le torse : « En trente ans de combat, on a remporté quelques jolies victoires. » Notamment avec l’ATA, l’Association des Téléspectateurs Actifs, sa précédente ASBL : «La création des Niouzz, c’est nous. La tarification des numéros de téléphones surtaxés(NDLR : les 0900) affichés à l’antenne, aussi. Ou encore l’obligation faite au CSA de publier une lettre destinée au public (NDLR : Régulation n’est cependant envoyé qu’aux seuls professionnels du secteur). »

Bernard Hennebert, désormais soutenu dans son combat par d’autres acteurs, comme le récent et très actif Conseil de la Jeunesse, n’est donc pas le poil à gratter un peu folklorique et marginal que la RTBF dépeint trop systématiquement quand il s’agit de se défendre. Mais un homme de culture, ex-journaliste passionné de musique qui connaît la chanson médiatique. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard s’il revient sur le devant de l’actualité avec RTBF, le désamour, un troisième ouvrage sur le sujet, à l’heure où l’on s’apprête à négocier le contrat de gestion 2013-2017 du service public : « La demande vient de mon éditeur. Et c’est vrai que bien des choses ont changé en cinq ans. J’ai donc ressorti ma doc. »

Car Bernard lit, Bernard décortique, Bernard compile avec la patience d’une fourmi. Un travail entrepris au moment où la RTBF a pris un virage plus commercial, début des années 2000. Soit, finalement, à la nomination comme administrateur-délégué de Jean-Paul Philippot, son « meilleur ennemi » : «Il est le premier patron de la chaîne à être issu du monde économique. Il n’y a pas de hasard.»

En interne, le débat est verrouillé

En clair : les marchands sont entrés dans le temple et n’en ont plus décollé. C’est d’ailleurs l’essentiel du constat formulé par le bouillant Hennebert dans les 110 pages de son livre : audience et publicité sont devenues des obsessions à Reyers. Si bien que les vraies émissions de service public disparaissent ou sont mises au rancart, cantonnées à des heures de faible écoute ou sur la désormais 3e chaîne de la RTBF, la controversée Trois : « Les seules émissions qui intéressent les décideurs sont celles qui attirent des annonceurs, à l’image deThe Voice.J’aime ce genre d’émission et la regarde, mais en tant que citoyen, je ne comprends pas qu’elle soit diffusée sur la RTBF. Et encore moins que le service public en ait fait la tête d’affiche de sa rentrée. »

Des vérités parmi d’autres (voir ci-dessous) qu’il aimerait entendre rappeler plus souvent par les mondes associatif et politique (très passif, voire complaisant) au moment de négocier le nouveau contrat de gestion. Parce qu’en interne, tout débat semble verrouillé : « À l’époque de Jespers, on avait débattu du sujet dans une grande émission alors qu’on était en pleine négociation. Quand il est arrivé à la RTBF, Philippot, lui, a tout cadenassé en enjoignant, dans un courrier, tout employé de faire montre d’un devoir de réserve. » ¦

« RTBF, le désamour », Bernard Hennebert, Couleur livres, 110 p.