Arche de Zoé : un pilote belge met en cause le clan Sarkozy

Un jeune pilote belge qui a aidé l’Arche de Zoé, ONG accusée de l’enlèvement d’enfants tchadiens en 2007, s’interroge sur le rôle du président français.

Le président français Nicolas Sarkozy est-il impliqué dans l’affaire de l’Arche de Zoé ? C’est en tout cas la thèse développée par les auteurs de Sarkozy dans l’avion ? Les Zozos de la Françafrique.

L’affaire (lire ci-contre) avait à l’époque fait grand bruit, le Président français allant jusqu’à s’impliquer directement pour faire libérer certains protagonistes du dossier. Voilà qu’elle rebondit aujourd’hui avec le témoignage, recueilli par le journaliste Geoffroy d’Ursel, de François-Xavier Pinte.

En octobre 2007, ce jeune Belge de 23 ans est « pilote de brousse » au Tchad quand il est approché, en août 2007, par trois membres de l’ONG française, dont son président, Éric Breteau.

L’homme, lors de leur première rencontre lui aurait expliqué : « J’ai des appuis de l’Élysée. Madame Cécilia Sarkozy est avec moi. Je suis ici pour faire une mission d’ingérence humanitaire, appuyée par Monsieur Kouchner (alors ministre des Affaires étrangères, NDLR). Nous désirons emmener 300 enfants victimes du génocide du Darfour vers la France. »

Conquis par le projet, et «énervé par le système mis en place » (lire ci-dessous), François-Xavier Pinte accepte d’aider l’Arche de Zoé à mener à bien son projet. Rassuré aussi par le soutien des plus hautes autorités de l’État, que ne cessait de faire valoir Éric Breteau.

Plusieurs éléments matériels, explique le jeune homme, sont venus conforter ces affirmations. À commencer par le fait que 25 membres de l’ONG aient effectué le trajet entre la capitale (N’DJamena) et la ville d’Abéché à bord d’un avion Transall de l’armée française. «Ce n’est pas tout le monde qui peut prétendre avoir un avion de l’armée, comme ça en claquant des doigts, dans une des zones les plus dangereuses du monde. »

Un appui extérieur influent qui se manifestera à nouveau quand M. Pinte, chargé de dénicher un avion pour rapatrier les enfants du Tchad vers la France, demandera une garantie pour la mise à disposition du Boeing. « Éric Breteau a trouvé une parade. Il m’a montré un document - est-ce que c’est un vrai ou un faux – émanant d’une société pharmaceutique(Paris Biotech Santé), signée de la main de François Sarkozy (le frère de Nicolas Sarkozy, qui dirigeait ladite société, NDLR), assurant que l’avion pouvait assurer le vol sans aucun danger. »

À cet élément est venu s’ajouter un troisième point susceptible de laisser penser que l’Élysée se cachait derrière cette mission humanitaire, assure aujourd’hui M. Pinte.

S’interrogeant sur l’association, le pilote a demandé à un « ami journaliste à Paris » de se renseigner au sujet de l’Arche de Zoé. Il apprendra de ce contact qu’une « enquête à leur sujet(est ouverte) auprès de la Brigade des mœurs de Paris. Mais que cette enquête est bloquée ».

« Beaucoup de choses qui font que… », selon M. Pinte (comprenez plusieurs indices), qui laisseraient entendre que le sommet de l’État français aurait cautionné l’opération afin d’attirer l’attention sur la cause du Darfour. Et refaire de la sorte un coup médiatique similaire à celui de la libération, obtenue par Cécilia Sarkozy, des infirmières bulgares, détenues par Mouammar Kadhafi.

Reste qu’il ne s’agit là que de faisceaux d’indices. Et en aucun cas de « preuve irréfutable », reconnaissent les deux auteurs.¦

François-Xavier Pinte et Geoffroy d’Ursel, « Sarkozy dans l’avion ? Les Zozos de la Françafrique », aux Éditions de l’Arbre.