La maçonnerie, ce poison selon Benoît XVI

La maçonnerie, ce poison selon Benoît XVI

La Belgique s’est construite sur l’affrontement entre francs-maçons et catholiques.Comment ? Pourquoi ? Et qu’en reste-t-il ?

Hervé Hasquin, vous signez un livre qui explore l’histoire compliquée entre les francs-maçons et les catholiques dans notre pays. Et on se rend compte qu’au départ les francs-maçons étaient catholiques.

J’ai voulu remettre les choses dans leur contexte. On commet souvent des anachronismes. 95 % des « ulbistes » ignorent que Théodore Verhaegen (fondateur de l’ULB, NDLR) était catholique pratiquant. J’ai écrit ce livre avec l’esprit de l’historien. J’ai voulu y mettre aussi l’histoire de la Belgique.

Ces piliers sur lesquels la Belgique est bâtie sont-ils toujours actuels ?

Les piliers sont les bases de notre pays. Ils y ont joué un rôle plus qu’ailleurs. La distance maintenue pendant 40 ans entre l’UCL et l’ULB est idéologique et philosophique. La pratique du libre examen à l’ULB se rapproche du protestantisme. Et l’UCL a une volonté d’orthodoxie dont elle s’écarte aujourd’hui. Mais, c’est vrai, les piliers aujourd’hui se sont diversifiés.

On apprend aussi que les francs-maçons ne sont tous anticalotins…

Dans les attaques des catholiques contre les francs-maçons, on confond la laïcité militante et la franc-maçonnerie discrète. Beaucoup de laïcs militants ne sont pas et n’aiment pas les francs-maçons. Ils n’aiment pas leurs rituels, leurs symboles parce que ça leur apparaît comme une autre forme d’Église. Et pour des francs-maçons, la laïcité radicale et intransigeante, ça ne leur convient pas non plus. Mais les catholiques ont pris l’habitude de les amalgamer.

Pourtant francs maçons et catholiques se sont livrés de redoutables combats.

Il y a eu un affrontement redoutable fin du XIXe siècle. Et puis, les esprits se sont apaisés. Et les radicaux sont devenus minoritaires. Mais quand vous lisez les positions radicales de Benoît XVI, la maçonnerie est considérée comme le poison qui sape l’autorité du magistère.

Pourquoi ?

Parce que le libre examen est profondément incompatible avec l’idée des dogmes. Donc le divorce est complet. Ceux qui sont mal à l’aise, ce sont les catholiques. Moi, ce n’est pas mon problème. Mais vous avez des catholiques pratiquants qui voudraient entrer dans les loges Que la maçonnerie soit régulière ou adogmatique, elle est incompatible avec la pratique maçonnique. Vous avez tout de même des maçonniques catholiques. Mais ils sont malheureux suite à leur condamnation. Quelqu’un comme Mgr Léonard à cet égard tient le même discours. Il ne la diffame pas mais il la considère comme un adversaire.

Franc-maçonnerie et catholicisme sont-ils incompatibles ?

Oui, il y a une incompatibilité fondamentale. D’ailleurs pourquoi rêver d’une alliance entre l’Église et les obédiences ? Ce dialogue se fera entre les hommes et les femmes, individuellement. La maçonnerie a une conception évolutive des mœurs et de la société. L’Église vit dans l’illusion d’une société stationnaire. Vous avez dans les milieux catholiques pratiquants, un rejet du darwinisme.

Pensez-vous, à l’heure où la pratique religieuse ou maçonnique est en perte de vitesse, que ces questions restent actuelles ?

Tout d’abord, ces questions interpellent les gens. Il y a un retour au questionnement spirituel. Tout ce qui touche aux problèmes de croyances draine les foules. Ensuite, les combats philosophiques doivent être recommencés perpétuellement sous des formes différentes parce que la société évolue. Mais on reste confronté à deux camps, surtout sur la bioéthique. Il y a deux conceptions de l’humain.

Quelles conceptions de l’humain ?

D’une part, une conception évolutive de la société, des mœurs, plus individuelle. C’est la capacité d’intégrer le changement qui est le cœur de la maçonnerie. D’autre part, le refus du changement qui ne tient pas compte de la liberté de l’homme de choisir sa voie. La contraception, la fécondation in vitro, ce n’est que la prolongation de débats produits ultérieurement. C’est donc une question d’actualité, celle de la conception de la vie. La maçonnerie se définit par des individus en recherche. Il n’y a donc pas de mot d’ordre, pas de doctrine. C’est la grande différence avec l’Église. ¦

Hervé Hasquin, « Les catholiques belges et la franc-maçonnerie. De la rigidité Ratzinger à la transgression », 280 pp, 17,95€