COMMENTAIRE

Collision sociale : c’est comment qu’on freine ?

Collision sociale : c’est comment qu’on freine ?

Est-ce la Belgique sociale qui était conduite par Bourvil ? « Maintenant, elle va marcher beaucoup moins bien, forcément »

Est-ce la Belgique sociale qui était conduite par Bourvil ? « Maintenant, elle va marcher beaucoup moins bien, forcément »

Ce matin, la SNCB est déjà touchée par un mouvement de grève, prélude à un mouvement de grogne plus large qui devrait atteindre son apogée jeudi. Le feu social bouté par le très pressé Vincent Van Quickenborne n’a pas eu besoin d’être attisé. Crise politique, craintes et délire économiques ont joué le rôle d’accélérateurs.

« Nos gens sont déchaînés ! » Ainsi s’exprimait un délégué syndical, ce matin, sur la Première. Des « gens » fâchés par la charge des pensions menée sabre au clair par le hussard bleu Vincent Van Quickenborne. « Là, on y va au finish » nous a affirmé un délégué syndical,ce matin.

Cette grève est compréhensible. À 10h00, ce matin, vous êtiez ainsi déjà plus de 3.100 à avoir participé à notre coup de sonde. À près de  46%, les participants comprennent et soutiennent le mouvement. 33 % estiment que c’est irresponsable. 21 % s’en fichent parce les carottes sont cuites.

Van Quick a fait fort. Bien sûr, on ne pourra pas en vouloir à un ministre de faire son boulot et de vouloir faire appliquer au plus vite les mesures décidées dans le cadre de l’accord gouvernemental. Le politique fait son boulot. Et Van Quick y met du sien. Sans chichi, à sa façon, de façon froide et radicale. À l’image de cette feinte qui circule sur les réseaux sociaux, ce matin : « Si Van Quickenborne le pouvait, il ferait passer la réforme des pensions en seul tweet ».

Quel signal ?

« Il n’y a pas d’autres solutions » nous affirme-t-on au sein du gouvernement. Comme si la fatalité dictait les mesures qui sont en train de se mettre en place.

« Il faut donner des signes pour convaincre les marchés » autre refrain qui commence à hérisser le poil. Comment croire encore que les marchés sont objectifs et réagissent à des signaux ou mesures cohérentes ? Ces marchés sont instables, sensibles au moindre frétillement, à la moindre notation d’agences qui répondent à des intérêts qui nous échappent.

Le fait d’avoir un gouvernement en soi devait un « signal ». A-t-il été entendu ? Cette nuit, l’agence de notation Moody’s a décidé d’abaisser les notes de crédit de la Région wallonne, de la Région flamande ainsi que de la Fédération Wallonie-Bruxelles (ex-Communauté française). Pas bien passé le signal ?

Nécessité nationale ?

« C’est comment qu’on freine ? » Jamais cette question n’a eu autant de sens. Aujourd’hui, le monde politique nous confronte à l’urgence alors que lui l’a niée pendant des mois dans son incapacité à former un gouvernement.

Alors quoi, faut-il en déduire que si les partis se sont enfin mis d’accord c’était parce que la situation était à ce point devenue grave qu’il fallait forcément tomber d’accord. Qu’il n’y avait pas d’issue. Est-ce à dire que le monde politique a entendu le pourrissement ultime pour envisager la formation d’un gouvernement comme une nécessité pour le pays ?

En attendant, un dossier aussi sensible que les pensions se retrouve voté dans un climat malsain où les parlementaires n’ont pas vraiment le temps de recouper les chiffres et même d’avoir accès à des données récentes et précises.

Vitesse ou précipitation

Alors oui, il y a urgence. Oui, il faut avancer. Mais la décence voudrait qu’on y mette la manière... Les ministres de l’Open VLD doivent aussi se rappeler que c’est leur parti qui a plongé le pays dans une crise politique anticipée. Et que quelque part, ils sont aussi responsables de cette fuite en avant qui anime la Belgique.

Après la casse sociale (inévitable), il s’agira de recoller les morceaux d’un dialogue perdu avec les citoyens et le monde du travail. Sans cela, notre pays s’engage dans un paysage économico-politico-social extrêmement dangereux. L’économie ne peut se développer que dans un contexte harmonieux fait de concertation et d’écoute.

D’autant que l’année 2 012 risque de réserver quelques mauvaises surprises. On n’est pas à l’abri d’une nouvelle crise bancaire ciblée ou d’une nouvelle panique boursière...

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