Nordine Amrani était un polydélinquant. Mais son passage à l’acte d’une violence inouïe reste un mystère qui pose de nombreuses questions.

Son visage et son nom resteront malheureusement à jamais gravés dans la mémoire de notre pays, et plus particulièrement des Liégeois.

Nordine Amrani avait 33 ans. 33 ans d’un parcours chaotique qui commence avec la perte rapide de ses parents et la fréquentation de nombreuses familles d’accueil.

Livré à lui-même, le jeune Nordine ne tarde pas à avoir maille à partir avec la Justice. Il est condamné en 2003 pour des faits de mœurs ; la peine ne deviendra applicable qu’en 2009. À ce moment-là, il est déjà en prison depuis 2007 et la peine de 2003 vient s’ajouter à une nouvelle condamnation pour détention de stupéfiants (il cultivait intensivement du cannabis) et détention d’armes.

Il sera toutefois acquitté en appel pour cette dernière prévention.

Les armes, c’est la fascination d’Amrani. Il les collectionne et les connaît. Au point d’être capable d’en remonter les yeux fermés. Il fabrique même des silencieux. Il faut dire que le travail du métal, c’est son rayon : il est soudeur. Ses ex-avocats disent même de lui qu’il avait de l’or dans les mains. Avec son talent, affirme l’un d’entre eux, il aurait pu faire quelque chose de sa vie.

Au lieu de ça, d’Ixelles, dont il est originaire, à Liège, où il avait atterri il y a quelques années, Nordine n’en finit pas de fréquenter les tribunaux. Il devait d’ailleurs encore être entendu par la Justice mardi après-midi pour un nouveau fait de mœurs mineur. Qui, selon son avocat, ne devait pas le ramener en prison. Sa hantise. L’homme avait l’impression d’être harcelé par la Justice. Il estimait continuer à payer pour son passé. Lui qui, pourtant, après avoir purgé plus de la moitié de sa peine de 66 mois de prison avant d’être libéré sous condition le 8 octobre 2010, estimait avoir raqué pour sa dette. Une fixette sur la Justice, donc, sans pour autant être paranoïaque.

Nordine Amrani, cela dit, restait un drôle de type au tempérament impulsif. Très peu loquace, il pouvait parfois se montrer affable. Mais aussi détestable. Comme cette fois où, furieux parce qu’une voisine s’était plainte de nuisances à son égard, il avait déféqué sur le pas de la porte de la pauvre dame à qui il faisait visiblement peur.

Doit-on pour autant parler de psychopathie ? De l’avis des psychologues qui l’ont examiné dans le cadre de sa libération conditionnelle, il faut visiblement croire que non. Pourtant, depuis 48 h, d’autres avis ont été donnés. Certes par des spécialistes qui n’ont jamais rencontré Amrani. L’un voit en lui un homme qui avait le profil type du tueur de masse. Un autre le considère plutôt comme une machine sans sentiments, égocentrique et incapable d’éprouver un quelconque remords à l’égard des gens qu’il fait souffrir.

Pourtant, le tueur, même s’il est décrit comme ténébreux et relativement isolé socialement, en éprouvait, visiblement, des sentiments. Preuve en est le désir qu’il évoquait de fonder une famille. Avec sa compagne, infirmière pour une institution d’aide à domicile.

Les différentes analyses du personnage, maintenant qu’il est mort, ne pourront en tout cas sans doute jamais permettre de comprendre exactement pourquoi il a posé ce geste fou. Tout au plus peut-on comprendre qu’il ne s’agit pas de psychopathie idéologique comme ce fut le cas pour Breivik en Norvège. Ainsi, Nordine Amrani n’était pas un musulman fanatique.

Alors quoi ? Pétage de plombs d’un homme en rage contre la Justice et la société qu’il estimait ne pas l’avoir épargné ? Ou réel problème psycho-pathologique qui couvait depuis une enfance perturbée ?

Dans le premier cas, ça pose question sur l’accompagnement des délinquants multirécidivistes. Dans le second, il y a de quoi de s’inquiéter sur les expertises psychiatriques.¦


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