Vents mauvais

EDA - Jacques Duchateau

C’est devenu tellement facile de critiquer l’Europe. Il ne se passe pas un jour sans qu’un événement ne vienne apporter du vent au moulin des eurosceptiques. La querelle entre la Grande-Bretagne et le gros des pays de l’Union européenne n’a fait qu’apporter du grain à moudre à des meules déjà sévèrement sollicitées. Le meunier en chef de la semaine s’appelle David Cameron. Lors du sommet européen à Bruxelles, le Premier britannique s’est montré d’une intransigeance insulaire exemplaire. Pas question d’accepter comme du pain bénit la discipline budgétaire réclamée par l’Allemagne !

Même de l’autre côté de la manche, l’attitude de Cameron laisse perplexe. Le journal The Guardian s’interrogeait dès hier :« Cet isolement est-il magnifique ou misérable ? » Trop tôt pour apporter une réponse affirmait le quotidien, mais une chose lui semblait sûre : « Plus rien ne sera comme avant. » Pourquoi ? Tout simplement parce que c’est la première fois en 38 ans que la Grande-Bretagne ne va pas ratifier un traité qui supervise le fonctionnement de l’Union. L’impact de cette exception historique est évidemment amplifié par la crise financière que traverse l’Europe. David Cameron semble estimer que si le reste de l’Union européenne veut manger le pain noir de l’austérité et du contrôle renforcé, qu’elle le mange. Mais ce sera sans lui. « C’est le début d’une histoire imprévisible », a déclaré un des analystes politiques de la BBC. Pas seulement pour l’Europe, également pour la Grande-Bretagne. Au sein de la majorité britannique, le thème européen est pomme de discorde, à un point tel qu’il pourrait faire pourrir sur pied le gouvernement. Même ceux qui soutiennent le valeureux Cameron qui refuse la dictature du tandem « Froggy-Kraut » (grenouille-choucroute) se posent des questions. Qu’allons nous faire tout seuls ? Que va-t-il se passer ?

Encore une fois, la Grande-Bretagne vient de priver l’Europe d’un projet politique harmonisé. Dans le même temps, elle ne peut que constater que plusieurs pays se serrent les coudes pour éviter que l’UE ne s’enfonce dans l’incertitude budgétaire et économique. Alors, magnifique ou misérable ? Qu’importe, le moulin européen, faute de rouages convaincants, semble toujours à la merci des vents mauvais.

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