Envie de faire plus ample connaissance avec Patrick Bruel ?

« Nos certitudes peuvent voler en éclat quand on les confronte avec quelqu’un. C’était le but de ce livre », explique Patrick Bruel.

abaca/Reporters

Patrick Bruel se dévoile pour la première fois dans un livre de conversations. Le chanteur-acteur revient sur ce qui a marqué sa vie et sa carrière jusqu’ici.

À

52 ans et après 30 ans de carrière, Patrick Bruel a décidé de se raconter. Le chanteur n’était pourtant pas chaud à l’idée d’une autobiographie. « Quand Plon m’a proposé d’écrire sur moi, je n’en ai pas vu la légitimité, je ne voyais pas le but si ce n’est barber les gens. Qui ça allait intéresser ?» se demandait le chanteur à l’époque. C’est alors qu’il rencontre Claude Askolovitch, journaliste politique connu pour avoir écrit les biographies de Rachida Dati ou Lionel Jospin. « À ce moment-là, je me suis dit : « s’il y a des choses à faire, c’est plus intéressant de le faire sous le prisme d’un journaliste qui n’est pas complaisant, qui ne me connaît pas bien et qui n’hésitera pas à m’emmener sur des terrains dangereux parfois. » Qu’il propose son décryptage me semblait une meilleure idée.»

Après deux ans de conversations à bâtons rompus et de débats, parfois houleux, Claude Askolovitch accouche d’un ouvrage long de 278 pages. Une interview géante dans laquelle il titille sans complexe son interlocuteur.

De digressions en relances

Durant ce ping-pong verbal sans limites imposées, tout ce qui touche Bruel est abordé : ses racines en Algérie, ses débuts dans la chanson et au théâtre, son enfance à Paris, l’antisémitisme, la Bruelmania, le cinéma, le poker, son ex-femme, ses enfants. « On ne peut pas parler de psychanalyse mais presque. Il y a quand même une mise en abîme où je me suis livré. Beaucoup livré. » Le ton s’atténue. Si Bruel donne parfois l’impression d’être très sûr de lui, sa sensibilité peut le trahir en un claquement de doigt. Comme dans l’ouvrage où il passe de l’humour à la retenue d’une page à l’autre au gré des souvenirs. Et puis Bruel ne cesse jamais de s’interroger. « Pourquoi tout ça est arrivé ? Pourquoi à moi ? Pourquoi comme ça ? C’est vrai que je me pose beaucoup de questions. C’est dans mon caractère. Je devrais pouvoir me laisser porter par les surprises. Le lâcher-prise serait salutaire. » Le regard dans le vide, il évoque le passé sans compter, avec une forme de nostalgie. « Il y a des choses que je ne savais même pas, s’amuse-t-il. J’ai dû puiser loin. » Des moments plus difficiles à évoquer ? « Non, je n’ai eu aucun mal à répondre. J’ai juste du mal à voir les choses écrites parfois, car ça leur confère un caractère définitif. Ça leur donne une réalité. Il y a des passages plus personnels que l’on n’a pas gardés, mais sur aucun sujet il n’y a eu censure», précise-t-il. Pour un homme qui a toujours été plutôt pudique sur sa vie privée, la démarche étonne. « Je n’ai pas peur de parler à un journaliste, j’ai peur de ce qu’il va en faire. On a déjà tellement dit de choses sur moi. Là, comme je savais qu’à l’arrivée, il n’y aurait pas de trahison, de mauvaise transcription, je me suis senti très libre. »

Si ceux qui ne l’aiment pas passeront leur chemin, ce recueil offrira aux gens qui apprécient Patrick Bruel un tête-à-tête intime pour découvrir ou mieux faire connaissance avec un homme cultivé, sensible et passionné.¦

« Conversations avec Claude Askolovitch », Plon, 278 p., 21,90€.

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