Fin de partie (sans illusion) à Durban

Fin de partie (sans illusion) à Durban

Si rien n’est entrepris maintenant pour futurs sauver la terre, les efforts à fournir devront être plus importants.

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Dernière journée de négociations pour la conférence sur le climat, à Durban (Afrique du Sud). Que font les Wallons dans cette galère ?

Autour de la table, 195 parties qui se méfient les unes des autres : à Durban, le climat est tout sauf tempéré. La 17e conférence des Nations Unies sur le changement climatique se termine. Sur place, le ministre wallon Philippe Henry (Écolo) évoque la « Belgian touch » dans des discussions arides, complexes mais aussi très concrètes.

Philippe Henry, on a l’impression que la Wallonie doit être noyée dans la masse face à des poids lourds comme la Chine, l’Inde…

Étonnamment, non. Nous ne sommes évidemment pas les premiers interlocuteurs de la Chine. C’est via l’Europe que nous leur parlons à Durban. Par contre, nous sommes de très bons interlocuteurs de toute la francophonie. Ça permet de jeter des ponts entre des pays qui ne font pas partie des mêmes « blocs » : les pays africains, la France, le Québec…

Nous sommes reconnus comme des précurseurs notamment dans la manière dont nous gérons le projet Fast Start, ce programme d’aide très concret et très rapide pour les pays les plus vulnérables (*).

Et la Belgique ? Que pèse-t-elle dans tout ça ?

Au niveau européen, la Belgique est fort écoutée depuis qu’elle a assuré la présidence européenne. Nos positions sont pragmatiques, pas dogmatiques. On n’a pas le même « ego » que les autres États. Ça contribue à rapprocher certaines positions.

La réussite ou l’échec de Durban, ça dépend de qui ?

À l’heure actuelle, de tout le monde. Le gros bloc, c’est le G77, les pays en développement qui ne veulent pas d’un accord mondial si on n’a pas d’abord un nouvel engagement sur le protocole de Kyoto (qui expire en 2012). Du côté des pays « Kyoto », certains menacent de se retirer (comme le Canada). L’Europe, elle, veut bien d’un renouvellement de Kyoto si on a l’assurance d’avoir un accord mondial. Bref. Si un groupe bloque, c’est l’échec. À ce stade-ci, je suis plutôt… pas très optimiste.

Ce serait quoi, un sommet réussi ?

Une deuxième période d’engagement sur le protocole de Kyoto pour 5 ans, avec en parallèle un accord qui engage suffisamment et rapidement à un processus global.

C’est plus compliqué que jamais ?

Oui, parce que la situation ne fait que s’aggraver. Et que certains radicalisent leur position.

Quoi qu’on fasse, on arrivera trop tard ?

En tout cas, chaque année qui passe signifie qu’il faudra faire plus d’efforts et plus vite. Mais on est aussi beaucoup plus loin dans les discussions techniques, dans des domaines d’une complexité incroyable. L’expertise s’est développée. Mais le contexte économique est plus dur pour tous. Les objectifs climatiques passent plus difficilement.

Vu d’ici, on se dit que ça passe au-dessus de la tête des gens…

Je comprends. C’est très complexe. Et on a le sentiment que ça n’avance pas. Il y a un phénomène de lassitude qui s’installe. Et chacun a à gérer beaucoup de crises, de préoccupations immédiates. On ne perçoit donc pas l’urgence, et ce que les changements climatiques entraîneront si on ne les anticipe pas, si on ne réussit pas à limiter l’impact, les coûts seront beaucoup plus importants pour tous au niveau économique, au niveau de la santé et des dégâts environnementaux.¦

(*) La Wallonie double son budget Fast Start pour 2012 : on passe à 4 millions €.