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Le MR n’avale pas les noyaux d’habitat

Pas très claire, voire dangereuse, cette politique de noyaux d’habitat, juge le MR. Le dossier est capital. « Mais qu’est-ce qu’il y a derrière ? »

C’est inscrit dans la Déclaration de politique régionale depuis 2009 : «Le gouvernement s’engage à délimiter les noyaux d’habitat sur base de critères objectifs et qualitatifs ». Il faut cesser l’urbanisation horizontale, la dispersion des logements, pour se concentrer sur la densification des zones déjà bâties. C’est ça, les noyaux d’habitat.

Le gouvernement wallon a pris une première initiative le 1er septembre dernier : les 262 collèges communaux de Wallonie sont invités à identifier, « de manière intuitive», leurs « lieux de centralité ». Ces identifications seront examinées et les critères ajustés. Ensuite, les noyaux seront définis, puis soumis aux conseils communaux et enfin adoptés avant 2013. C’est à partir de là que le MR pose des questions.

1. « Flou… » «Quelle est exactement la volonté du gouvernement wallon ? Qu’est-ce qui sera lié à ces noyaux d’habitat ? Quelles conséquences sur les propriétaires de terrain ? Sera-t-on encouragé à construire seulement dans les noyaux d’habitat et pas ailleurs ? Les équipements divers seront-ils spécifiquement dédicacés aux noyaux d’habitat ? Et quelles seront les conséquences sur les permis d’urbanisme ?Que deviennent les communes rurales, souvent définies par le fait qu’il n’y a pas ou peu de centralité ? » résume Willy Borsus, chef de groupe MR au Parlement wallon. « Le courrier aux communes ne dit rien du tout à cet égard. »

2. « Illégal » « Il n’y a aucune base juridique à la fixation de ces nouveaux périmètres », fait remarquer Willy Borsus. « On vit tout de même avec des directives européennes. Or la directive plans-programmes et la convention d’Aarhus imposent certaines règles : études d’incidences, consultation de la population… À mon sens, la procédure n’est pas légale », tranche le député wallon.

3. « Votre terrain n’est plus constructible » Va-t-on annoncer demain à un propriétaire privé que son terrain, qu’il destinait peut-être à ses enfants, n’est plus constructible parce qu’il est hors noyau d’habitat ? « Parce que c’est bien une vision politique qu’il y a derrière ce processus : freiner l’urbanisation d’une partie des terrains. Les conséquences risquent d’être énormes. On mettra à mal la propriété privée et les projets de vie des gens», considère Willy Borsus. L’effet ne sera pas neutre non plus sur la valeur des terrains, en bien comme en mal.

4. « Et les plans ? » De 1977 à 1987, 23 plans de secteur ont été définis en Wallonie. «Ces plans, seuls outils cartographiques juridiquement valables (avec les cadastres), organisent déjà les zones urbanisables. Va-t-on définir des zones urbanisables au sein de zones urbanisables ? Ces noyaux d’habitat sont en totale déconnexion des plans de secteur », insiste le MR.

5. « Des critères discutables » Le MR se demande qui a pondu les critères qui serviront à définir les nouveaux périmètres. Au-delà de la densité de l’habitat ou de disponibilités foncières, on se base sur la présence de services de base ou une desserte « suffisante » par les transports en commun. « Mais c’est souvent à cor et à cris qu’on les réclame. Ce n’est pas un élément de centralité !»

6.

Actualiser, pas détricoter Bref, le MR ne le nie pas : c’est un dossier important. Il faut revoir le mode d’urbanisation, répondre aux besoins démographiques (200 000 nouveaux logements d’ici 2030), intégrer une vision de l’aménagement du territoire. « C’est un défi et une opportunité aussi. Mais il faut agir dans la clarté, en s’assurant de la validité juridique des mesures par rapport à la propriété privée et à la liberté des gens. Sans cela, ça me paraît juste... une grave erreur.» Pour le MR, le seul bon outil, ce sont les plans de secteur. « Il faut progressivement les actualiser. Pas les détricoter. On doit recommencer la démarche. Celle-ci, j’en suis sûr, ne va pas aboutir. » ¦

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