Joey Starr : « J’ai toujours été un indigné »

À 44 ans, le rappeur s’est assagi mais continue de raconter la réalité sociale autour de lui.

Dimitri Coste

JoeyStarr revient avec un deuxième album solo qu’il a écrit en partie en prison. Des textes forts qui posent toujours le même constat d’urgence sociale.

JoeyStarr, moitié du duo NTM, poids lourd du rap français avait cartonné avec son premier album solo en 2006, Gare au Jaguarr. Le revoilà avec Egomaniac.Une collection de textes forts. Et, à l’image de leur auteur, plutôt cash.

Comment on se sent juste avant la sortie d’un album ?

Je suis assez content de ce que j’ai fait, alors je suis pressé que ça sorte. Et pressé qu’il soit jeté dans l’arène. Je fais de la musique pour la jouer sur scène.

Depuis combien de temps travaillez-vous ce sur disque ?

Il était déjà en préparation il y a trois ans et puis je me suis retrouvé à faire du tourisme carcéral, ce qui m’a permis de ne faire que ça sans aucune pollution de téléphone portable, les amis, les sorties, la promo… J’ai eu tout le temps de le faire.

Quand on écrit dans des conditions comme ça, est-ce qu’on pense au public qui est à l’autre bout du disque ?

Quand j’écris, c’est vraiment le moment où je ne suis pas en représentation, où je fais le moins preuve de pudeur. J’écris pour moi.

Je ne fais pas de la musique pour faire plaisir, je fais de la musique pour me contenter moi. C’est un peu la continuité de NTM, parce que je ne sais faire que ça. Mais je ne travaille jamais avec les mêmes gens, donc ça donne toujours une autre couleur.

Pas obsession de ne pas se répéter ?

Ben je te rassure, moi j’ai l’impression de me répéter…

Parce qu’on retrouve les mêmes thématiques, comme dans « On te voit », où vous parlez de Sarkozy…

C’est aussi parce que je ne sais faire que ça. J’ai commencé par l’école du constat d’urgence, alors forcément quand je fais un album, il y a toujours 5-6 titres qui parlent de ça.

C’est important d’avoir des textes politisés ?

Je ne considère pas que je fais des textes politiques. Je me considère comme apolitique. Je fais des textes à caractère social.

Ce qui m’intéresse, c’est de raconter ce qui se passe autour de moi, avec mon prisme, pas forcément objectif.

L’idée n’est pas de faire de la politique, d’essayer d’influer sur la pensée des gens, mais d’être le caillou dans la godasse.

Pourtant, comme sur l’album précédent, vous confiez un texte à Olivier Besancenot, porte-parole du parti d’extrême gauche, Nouveau Parti Anticapitaliste…

C’est un truc qu’il a écrit lui-même.

Et outre le fait qu’il soit un leader politique, il est avant tout mon ami.

Il y a des idées qui m’intéressent, mais je n’adhère pas à tout ce que peut représenter son parti.

Votre message rejoint un peu celui des indignés…

Des indignés, il y en a partout et j’en fais partie depuis bien avant qu’on les appelle comme ça. On a l’impression que les gens qui nous dirigent estiment que 1 500 euros par mois, ça suffit pour vivre. Quand j’avais 15 ans, les gens n’avaient pas de boulot. Aujourd’hui, j’ai 44 ans et certains en ont deux et n’arrivent pas à joindre les deux bouts.

Vous avez adapté « Mamy Blues » en duo avec Nicoletta. C’est un peu étonnant…

Pas pour moi. C’est dans la mémoire collective. J’étais à la veillée funéraire d’un ami où elle a chanté cette chanson. J’ai eu un déclic. Ca a tout ce que j’aime : ça croone, c’est hypnotique… J’ai eu envie de faire une adaptation. Il se trouve que Nicoletta est copine avec ma mère. Elle est venue en studio, elle a écouté le morceau et je crois qu’elle a été aussi émue qu’on l’a été quand elle a posé sa voix sur les refrains. Tu te rends compte que la dame a encore un V12 sous le capot.

Quelle est l’histoire du clip du morceau qui ouvre l’album, « Jour de sortie » où on voit une femme en prison ?

C’est mon frère qui l’a réalisé. Je n’avais pas envie de me mettre en scène parce que ça aurait pu être interprété comme une apologie de la prison. Il y avait cette envie de dire que les femmes vivent les mêmes choses que les hommes en prison. Et puis l’envie de m’exprimer sur un truc lambda : une bousculade qui tourne mal où tout d’un coup tu peux te retrouver dans les méandres de la justice. ¦

Album « Egomaniac », Sony Music. En concert le 18 novembre au Botanique à Bruxelles.