« La peur de la mort est normale »

Selon Stéphanie Gallo, c’est vers 7 ou 8 ans que la conscience de la mort naît.

La peur de la mort, parmi tant d’autres, est inévitable chez les enfants. Mais elle s’apprivoise. Discussion avec une psychologue.

Stéphanie Gallo, vous êtes psychologue et psychothérapeute. Le sondage nous dévoile que la mort ferait peur à 59 % des jeunes. Pouvez-vous nous dire quand survient cette peur dans le développement moyen d’un enfant ?

Vers 7 ou 8 ans, l’enfant a ses premières prises de conscience rationnelles du monde. Même s’il sait comment on fait les bébés depuis longtemps, il se demande de plus en plus sérieusement où il était avant d’être en vie. Cela démontre qu’il ne conçoit par encore la possibilité de ne « pas encore » exister, donc pas plus la possibilité « de ne plus » exister. La question de la mort se pose alors.

Y a-t-il des déclencheurs possibles et normaux de cette peur ?

S’il n’a pas connu à un plus jeune âge le décès d’un proche, la peur de la mort remonte souvent en surface parce que l’enfant s’autotomise davantage par rapport à ses parents. Cet événement peut réveiller chez lui certaines angoisses connexes comme celles de la mort ou de l’abandon par les parents. S’il présente celles-ci, l’enfant peut alors réagir, en luttant contre son désir d’autonomie, et ce afin d’enrayer la peur qu’occasionnent les changements relationnels. Mais l’enfant doit plutôt « faire son deuil de cette ancienne relation, afin d’acquérir de l’autonomie et surpasser ses angoisses. Cela lui sera fort utile plus tard.

Quel rôle revient aux parents dans l’apprivoisement des peurs ?

Les parents doivent rassurer l’enfant et lui permettre de contrôler sa peur et de la comprendre. Ils peuvent créer un contexte sécurisé où l’enfant maîtrisera ce qui s’y passe et lui permettra de tester ses peurs. Le jeu favorise beaucoup ce dépassement. Les enfants se font d’ailleurs naturellement des scénarios leur permettant d’être tout-puissants face à leurs peurs, par exemple, en jouant aux superhéros.

Halloween connaît un grand succès chez les jeunes malgré leur peur de la mort… Pourquoi ?

Halloween permet à l’enfant de mettre un visage sur la mort et de la personnifier, par exemple, en prenant un rôle d’agresseur ou de « méchant ». S’imaginer tel quelle est une manière pour lui de dédramatiser, de « matérialiser », de mettre un visage ludique sur une angoisse autrement impalpable.

Quel lien faites-vous le plus souvent entre les peurs conscientes des enfants et leurs angoisses inconscientes ? Un exemple ?

La peur du loup, au moment du dodo, chez les enfants de 3 ou 4 ans, représente une peur de l’agression. Elle traduit l’insécurité que l’enfant vit d’être seul dans le noir sans la protection parentale. Le loup est concret et permet à l’enfant d’extérioriser sa peur en la fixant sur un objet concret. Autrement, l’angoisse serait envahissante.

Selon le sondage, les parents sous-estiment la présence de la peur de la mort chez les enfants. Qu’en pensez-vous ?

Je pense que pour les parents c’est un sujet délicat. Probablement que les adultes ont de la misère à s’imaginer que l’aspect morbide puisse être présent chez les enfants. Je vois des parents affolés par le fait que leurs enfants ont peur de la mort, mais c’est tout à fait normal. Qu’ils n’oublient pas qu’ils sont passés par là aussi !¦

M. G.