14-18 : la Wallo nie risque la… guerre de retard

14-18 : la Wallo nie risque la… guerre de retard

Rue des Archives / REPORTERS

Dans moins de trois ans, on célébrera le centenaire de la « der des ders ». La Flandre a déjà une grosse avance sur la Wallonie et sur toute l’Europe

La Première Guerre mondiale a nourri le Mouvement flamand ; suscitera-t-elle un nouveau conflit communautaire, un siècle plus tard ? La Flandre veut dit-on, « confisquer » la commémoration de la « Der des ders ». « Elle s’y est lancée bien avant nous, et aussi avant tous les pays concernés », constate Laurence Van Ypersele.

On évoque 20 millions d’euros investis dans une perspective très flamande, dans une cinquantaine de projets. Essentiellement dans la plaine de l’Yser. Au point que Louis Tobback, bourgmestre de Louvain, a riposté en créant une ASBL regroupant les « villes martyres » : la cité universitaire, Aarschot et Termonde ; Visé, Andenne, Dinant et Tamines.

« On est en retard, mais pas de beaucoup », nuance la spécialiste de l’UCL de 14-18, qui préside la commission créée par Rudy Demotte, ministre-président wallon et communautaire, pour organiser la riposte commémorative en Wallonie et à Bruxelles.

« Nous avons remis nos propositions à la fin juin, dans une tout autre perspective qu’en Flandre», explique-t-elle. Pas de démarche « imposée d’en haut » ; l’idée est de fédérer des projets qui foisonnent déjà, de Thimister-Clermont, où est tombé Antoine Fonck, premier soldat belge tué à l’ennemi, à Virton, qui regroupe des villages martyrs ; ou à Ploegsteert (Comines), seul village wallon à avoir échappé à l’occupation.

Il ne s’agira pas de dénoncer l’absurdité de la guerre « qui n’était pas vécue par les contemporains : ils se battaient pour libérer leurs familles, leurs villages occupés, leurs entreprises ou leurs champs pillés par l’occupant ». Le pacifisme que la Flandre invoquera, et « qui, on l’oublie, a inspiré autant que le flamingantisme la Tour de l’Yser » n’est apparu « que dix ans après le conflit, lorsque l’évidence de la victoire a cédé le pas aux désillusions de la paix ».

En Wallonie et à Bruxelles, le rappel des 6 000 personnes massacrées en août 1914, et des milliers de déportés en Allemagne, sera celui des valeurs de l’époque : « défense de l’indépendance ; résistance à l’agression étrangère ; attachement aux libertés et aux droits fondamentaux ». Et la solidarité : « C’est au bénéfice des Belges qu’a été mise sur pied la première campagne humanitaire au monde ».

Le souci, c’est que, hors le projet de Paul Furlan (cf. ci-dessous), depuis juin… plus rien ne bouge. Bien sûr, il reste près de trois ans avant le centenaire, mais ce délai est déjà serré : à l’arrivée, la Wallonie risque d’avoir une guerre de retard sur la Flandre. Et puis les initiatives locales veulent savoir si elles auront l’appui des autorités régionales, communautaires, ou fédérales.

Souci incongru en ces temps de rigueur budgétaire ? Le tourisme mémoriel est largement sous-exploité en Wallonie, « où la guerre a commencé avec l’assaut sur Liège et s’est terminée avec l’abdication du Kaiser à Spa. C’est à Mons que sont morts le premier et le dernier soldat britanniques du conflit ». Le fort de Loncin, aménagé mais trop peu accessible, ou le « panorama » de Namur, en voie de réinstallation, méritent eux aussi la visite…¦