L’étrange voyage d’un carnet de croquis

L’étrange voyage d’un carnet de croquis

La semaine passée, de nombreux illustrateurs ont dédicacé leur dessin de « Sketchtravel ». Le carnet original, lui, sera mis en vente aux enchères aujourd’hui.

En presque cinq ans,le carnet de croquis « Sketchtravel » a faitle tour du monde en passant par les mains de 71 illustrateurs.

Au début, il n’y avait rien sinon l’envie un peu folle de deux illustrateurs (Gérald Guerlais et Daisuke « Dice » Tsutsumi) de rassembler dans un même livre (rectangulaire et rouge, frappé du nom du projet, « Sketchtravel ») un maximum d’illustrateurs et de dessinateurs BD du monde entier. À la fin, il y a un livre inespéré (toujours rectangulaire et toujours rouge) rempli des talents et des sensibilités que chacun a bien voulu y déposer. « Au début, on s’était dit que le carnet devrait faire le tour en un an, explique Gérald Guerlais. Après ce délai, on s’est rendu compte que ce serait plus long et là, on a décidé qu’il n’y aurait plus de limite et que le seul but serait d’arriver au bout de la liste, d’avoir tous les auteurs. »

Parce que les initiateurs s’étaient fixé des règles. Comme celle de ne jamais laisser voyager le carnet par la poste. Il devait impérativement passer de mains en mains, d’illustrateur à illustrateur, quel que soit le temps que ça prendrait. Et ça a marché, chacun a joué le jeu, même les plus grands auteurs. « C’était complètement utopique d’avoir certains noms dans ce carnet, je n’y croyais vraiment pas, confie Gérald Guerlais. Pourtant, l’obstination de Dice, bien introduit dans le milieu, a rendu le projet possible. Nous deux, c’est un peu l’addition du fan et du pro ! Et une fois que la machine était lancée et que la liste des auteurs s’allongeait, ça donnait plus de crédit au projet et c’était donc plus facile de convaincre les autres auteurs qu’on voulait aussi. Quand j’ai su que même Miyazaki (NDLR : célébrissime dessinateur de manga et réalisateur de films d’animation japonais) acceptait de participer, ça a été l’apothéose ! »

Et le projet a tellement bien marché, au point que de nombreux illustrateurs déçus de ne pas avoir été invités à y participer ont contacté Gérald Guerlais et Daisuke Tsutsumi pour prendre le train en marche (ou attraper le crayon au vol), qu’il se dit déjà qu’un deuxième projet du genre pourrait être lancé. « On va voir comment réagit le public mais c’est vrai qu’on a reçu plein de demandes en ce sens et des envies de lecteurs sur le blog, par exemple. On ne va pas nécessairement faire le livre que les gens attendent -on a quand même envie de les surprendre – et le projet ne prendra peut-être pas la forme d’un autre livre, mais il y aura une suite, c’est certain… »

Vendu aux enchères aujourd’hui

Ce lundi, l’original « Sketchtravel » sera mis aux enchères chez Pierre Bergé, au Sablon. Ce sera là la dernière escale mais aussi la dernière passation de mains en mains de ce livre unique et inestimable. Mais à l’heure de la crise, comment Gérald Guerlais envisage-t-il cette vente ? « La crise a jeté un doute sur la capacité de trouver des gens capables de dépenser de l’argent pour ce genre de chose, c’est sûr. Mais avec ce projet, on est revenus à l’essentiel : se servir du dessin comme d’un outil de narration. Et cet outil, on l’a en commun avec Picasso, Breughel ou De Vinci. S’il vivait aujourd’hui, peut-être qu’il ferait de la BD ou travaillerait sur l’iPad… »

Les (bons) illustrateurs d’aujourd’hui ont aussi en commun avec leurs prédécesseurs de toujours se remettre en question. Parce que « le meilleur dessin, ce sera toujours le suivant… » ¦

www.sketchtravel.com