Mais qui était Madame Claude ?

Madame Claude, une redoutable femme d’affaires doublée d’une mythomane.

AFP

Cette femme aux allures de grande bourgeoise a tenu un important réseau de prostitution. On l’appelait la « maquerelle de la République ».

Cette femme élégante, à qui on aurait donné le bon Dieu sans confession, disait qu’il y avait deux choses incontournables pour réussir dans la vie : la bouffe et le sexe. Comme elle n’est pas bonne cuisinière, elle décide à la fin des années 50 de mettre sur pied le plus important réseau de prostitution qu’ait jamais connu la France. Pendant vingt ans, elle a régné d’une main de fer sur un « cheptel » de 500 filles, toutes plus belles les unes que les autres, façonnées à coups de bistouri et habillées de robes de grand couturier. Leur mission : satisfaire les fantasmes des hommes de pouvoir, diplomates, PDG, hommes politiques et membres les plus en vue de la jet-set.

En 1977, celle qui se vante d’avoir « réussi à enlever ce qu’il y avait de laid et de vulgaire dans la profession » n’hésite pas à offrir une de ses plus belles filles au réalisateur Just Jakin qui s’apprête à tourner un film sur elle avec Françoise Fabian dans le rôle-titre. « Madame Claude vendait du rêve. On n’avait jamais l’impression de coucher avec une prostituée ».

Madame Claude, deux mots entrés dans la légende, synonymes de luxure luxueuse, de mystère aussi car pendant des années cette femme ne sera qu’une adresse, 18 rue de Marignan, et un numéro de téléphone.

Qui se cache derrière la bourgeoise élégante, froide et discrète ? C’est ce qu’a tenté de savoir l’équipe du magazine Un jour, un destin. Les journalistes sont retournés à Angers sur les traces de la petite Fernande Grudet, son vrai nom, pour découvrir que l’enfance dans une famille bourgeoise, le passage par la résistance et le camp de déportation de Ravensbrück n’étaient qu’affabulations pour faire oublier des origines modestes.

Cette vie tissée de mensonges perdra de son lustre avec l’arrivée de Giscard au pouvoir et de Poniatowski à la tête du ministère de l’Intérieur. Le proxénétisme est sévèrement réprimé et Madame Claude est poursuivie par le fisc. qui lui réclame 1 700 000 €. Condamnée en 1976, elle s’enfuit aux États-Unis. En 1985, elle est expulsée vers la France et purge une peine de 4 mois de prison. En 1992, elle tente de remonter une affaire de call-girls. Retour par la case prison et condamnation pour proxénétisme. Depuis, Fernande Grudet vit en recluse dans un petit appartement sur la Côte d’Azur. Elle emportera dans la tombe une part de son mystère.¦

France 2, 22.05