Décès

Adamek ne terminera pas ses deux derniers romans

Adamek ne terminera pas ses deux derniers romans

André-Marcel Adamek était une figure importante de la littérature belge francophone.

Il était malade mais il espérait bien terminer ce qu’il avait en cours. Ce ne sera pas possible. André-Marcel Adamek est mort hier. Il avait 65 ans.

«Si j’avais deux mois de rémission, je pourrais terminer mon roman. » Voici un peu plus d’un mois alors qu’il rencontrait Christian Libens, le co-directeur de Plumes du coq, aux éditions Weyrich, André-Marcel Adamek espérait encore pouvoir terminer le roman qu’il avait entamé pour cette toute nouvelle collection. « Mais, nous confiait hier bouleversé Christian Libens, le roman en restera à la page 52. Jamais il ne pourra terminer cette histoire qui se passait en Ardennes et mettait en scène un bûcheron, un homme du terroir. » Un roman qui devait paraître au printemps. L’auteur belge, largement traduit à l’étranger, n’aura pas non plus le temps de terminer un « polar local » qu’il avait également entrepris pour un autre éditeur belge, Luc Pire. Il avouait pourtant que c’était l’écriture qui le maintenait en vie. Mais le crabe a fini par avoir le dessus.

André-Marcel Adamek, de son vrai nom Dammekens, était né à Gourdinne, le 3 mai 1946. Un père cheminot, une mère normande, fille de marin, de quoi expliquer qu’avant de se poser en Ardennes, il ait pas mal « bougé » ? « C’était un autodidacte, rappelle Christian Libens lui-même écrivain, à 16 ans, il est parti sur les routes à la recherche de Giono. Il espérait le voir en Provence mais le romancier était alors en Italie… »

Steward, fabricant de jouets en bois, grossiste en papeterie, nègre, éditeur, Adamek va pourtant connaître très tôt le succès littéraire. Il a 28 ans à peine lorsque son second roman Le fusil à pétales obtient le Prix Rossel. Et dès 1982, il s’installe dans les Ardennes où il élève des chèvres, peint et écrit. « C’est un héritier de Giono pour qui l’Ardenne serait la Provence, analyse encore Christian Libens, il y a dans son œuvre une part de fantastique et de naturalisme. C’était un grand promeneur. Il aimait parler du terroir mais ce n’est jamais un terroir réducteur. »

Un enracinement qui n’empêche pas une grande diversité dans les thèmes abordés. « Dans La grande nuit, il a une démarche proche de celle d’un Robert Merle. DansLe plus grand sous-marin du monde, il projette une certaine vision de la société. AvecLa fête interdite, il devient médiéval tandis que ses deux derniers ouvrages,Le roman fauve s’inscrivent dans une veine historique… Sans oublier qu’il excellait aussi dans les romans courts. Comme L’oiseau des morts par exemple. »

Si l’œuvre d’Adamek est sous-tendue d’un propos universel – l’auteur est d’ailleurs largement traduit à l’étranger – l’homme est toujours resté en Belgique et n’a même pratiquement travaillé qu’avec des éditeurs belges. « Il était d’un anti-parisiannisme extrême, poursuit Christian Libens. Il n’aimait d’ailleurs pas trop les mondanités. Mais appréciait le contact avec les lecteurs et particulièrement les jeunes. « Il est beaucoup lu dans les écoles et je l’ai plusieurs fois accompagné dans des classes. C’était un être très charismatique qui touchait beaucoup les grands ados. »

Adamek est mort chez lui, comme il le voulait, dans sa maison de Fisenne, un village proche de Hotton dans le Luxembourg. Un dernier au revoir est prévu à Marche, ce samedi. ¦